Introduction Motivations personnelles. Interrogations dans mon métier (des enfants de plus en plus difficiles, des pères qui ne mettent pas de limites, des mères toutes-puissantes…). Et plus particulièrement constatation cet été, que deux d’amis proches qui se sont suicidé, avaient de gros problèmes relationnels avec leur père. Je m’interroge à la fois sur le rapport entre la place du père et le bon développement psychique de l’enfant, de l’impact sur l’adulte qu’il devient, ainsi que sur les pathologies liées aux carences de la relation au père. 1) historique L’évolution de la place du père Ebranlé par l’évolution récente des mœurs et du rôle des femmes, le père est également « remis en cause », du triple point de vue biologique (insémination artificielle), juridique (patronyme) et social (la transmission du métier). Les nouveaux pères ? Ce sont de jeunes pères experts en couche culotte qui donnent le biberon au bébé, lui apportent les soins nécessaires et le gardent quand la mère est absente. Les nouveaux pères s’affirment effectivement « comme ceux qui peuvent faire aussi bien qu’elle et revendiquent ces soins comme un temps fort de la paternité ». 2) La difficulté de devenir père Dans notre société actuelle le père a une place de plus en plus importante, il prend part active à l’éducation des enfants. « La femme devient mère par l’intermédiaire d’un processus biologique tandis que l’homme devient père par l’intermédiaire d’un système symbolique imposé par la société ». En effet, on est mère dès l’instant de la grossesse alors qu’on devient père par un processus psychologique conditionné par les normes culturelles et sociales. Pendant que l’enfant grandit dans le ventre de la mère, le père entre dans une élaboration de décision de paternité. Pendant que la mère porte l’enfant, le père est en gestation de lui-même (cela peut aller jusqu’aux symptômes physiques de grossissement, « la couvade »…). Pour accepter d’être père, il repasse par des attitudes antérieures où non seulement il n’était pas père, mais ou il était enfant. C’est ainsi que les hommes entre dans un processus plus ou moins long où avant d’accepter d’être trois plutôt que deux, ils ont tendance par exemple à se faire materner par leur femme ou bien à jalouser l’enfant qui est dans le ventre de leur femme comme si l’enfant leur volait leur place et celle de leur pénis…bref je ne raconterais pas toute les régressions possibles ni touts les formes de frustrations que cela engendre (il y a des couples qui ne s’en remettent pas : ex départ inexpliqué du conjoint à l’annonce de la grossesse…). Un père ne peut être père que s’il prend la décision de l’être et cette décision se fait au plus intime de lui avant d’être partageable en couple, en famille et en société. Devenir père est un thème à part entière et ce n’est pas vraiment le sujet de mon exposé, bien que l’on voit « naître » le lien qu’il y a entre la pleine conscience d’être père et le rôle qu’il jouera dans le développement et la maturation psychoaffective de l’enfant. Cependant il ne faut pas confondre le rôle et la fonction paternelle. 3) les rôles et la fonction paternelle Les rôles : Les rôles, les tâches du père de la mère, peuvent se partager, peuvent se discuter (voire se disputer) selon ce que l’un et l’autre sont, aiment faire, aiment vivre, ne pas faire, ne pas vivre. Des tâches et des rôles, on peut toujours en discuter, ils peuvent évoluer, changer, être dissemblables selon les cultures, les âges, les éducations reçues, les milieux sociaux et bien entendu selon les civilisation. Comme chacun sait, ils sont très variés, très nombreux : les courses, la cuisine,la vaisselle, gagner de l’argent, s’occuper de la voiture, accompagner les enfants à la crèche, à l’école, etc. Ils ne sont pas déterminés par l’appartenance à un sexe et peuvent être interchangeable. La différence des sexes n’implique en rien une répartition hiérarchique des tâches : sur le plan psychologique, les tâches ménagères ne sont ni féminines, ni masculines, ni épanouissantes, ni dégradantes, elles peuvent être accomplies par l’un ou par l’autre ou par les deux. C’est une question de se mettre d’accord, cela peut se modifier. Cela peut varier selon les époques : il y a 50 ans, un homme qui faisait la vaisselle n’était pas considéré comme un vrai homme, il manquait de virilité. De même une femme travaillant avec un bon salaire était soupçonnée d’user de sa féminité. Par contre, la fonction maternelle et la fonction paternelle ne peuvent se confondre et s’interchanger. La fonction - la fonction maternelle est matricielle, nourricière, enveloppante, réceptrice de la vie, protectrice, affectivement sécurisante. Cette fonction peut se vivre avec des nuances différentes selon les cultures, les sociétés, les époques, mais elle est intangible. Des pères peuvent être plus ou moins maternants, ils ne seront jamais des mères : ils ne porteront jamais l’enfant dans leur ventre. Quand des mères ne sont pas maternantes, cela pose d’énormes problèmes aux enfants, quand elles le sont trop, aussi. - la fonction paternelle, est séparatrice, distinctrice, différenciatrice du ventre maternel : « ta vie n’est pas de rester dans le ventre de ta maman, sors de là, envole-toi de tes propres ailes, débrouille-toi pour gagner ta vie, trouve- toi une autre femme que ta mère mon fils, trouve toi un autre homme que moi ma fille. Accepte d’être dans ton corps propre, séparé de ta mère : assume ton identité propre, ton sexe, ta solitude, ton manque et renonce à être tout. Sois toi-même et deviens-le, réalise une vie qui te sois propre, ta vie, qui n’est ni la mienne, ni celle de ta mère, ni celle de tes frères et sœurs ». La fonction du père est de séparer psychiquement l’enfant de la mère et celle-ci de l’enfant. Les travaux des psychanalystes, ceux des anthropologues et des historiens ont montré qu’une fonction paternelle est fondamentale et universelle : celle d’interdire la fusion mère-enfant. Cette séparation intègre le fait qu’il accepte de séparer l’enfant de lui aussi. Ceci suppose un père qui soit séparé de sa propre mère, de l’image intériorisée de sa mère, un père ayant accompli le deuil de sa mère en la mère de l’enfant, et un père ayant accepté par ailleurs d’être le fils de son père sans se confondre avec lui (cela peut sans doute pour certains demander des années de thérapies ! nous verrons plus loin comment la thérapie AIRE contribue à l’intégration de ce processus). Assumer d’être père, c’est accueillir l’enfant dans son statut d’humain. L’accueillir dans son nom (donner son nom à l’enfant), c’est lui offrir un lieu à partir duquel il établira ses règles de vie, sa morale, ses idéaux, son éthique et sa solidité mentale. Se reconnaître père, c’est assumer d’être une instance responsable de l’enfant, mais c’est surtout se positionner face à lui d’une façon radicalement différente de celle qui le relie à sa mère. 4) Comment se construit l’image du père L’image est une représentation mentale d’un objet absent. L’image intériorisée est une image à l’intérieur de soi, incorporée en soi, à laquelle l’enfant peut faire appel en permanence quand il en a besoin. L’enfant intériorise l’image de son père d’abord par l’image qu’en a sa mère. Or cette image du père qu’a la mère de l’enfant est liée inconsciemment avec l’image intériorisée qu’elle a avec son propre père. Il est évident que la mise en place de l’image intériorisée du père pour l’enfant dépend du travail intérieur que fait la mère pour s’autonomiser de son propre père, se constituer comme femme de son homme, et comme mère de son enfant. Il s’agit aussi pour le père de faire ce travail intérieur pour exister comme père de son enfant. Il ne s’agit pas d’être géniteur pour être père, il faut prendre sa place de père et c’est tout un chemin d’élaboration de la paternité (un autre sujet). L’enfant va intérioriser une image à la fois positive et négative de son père dans son psychisme. La participation de plus en plus grande aux soins dès la première année facilite pour l’enfant la reconnaissance précoce de la bonne image du père. Le père est celui qui fait sortir l’enfant de son état d’indifférenciation en l’amenant à prendre connaissance et conscience du monde qui l’entoure. L’enfant désire souvent manipuler l’autre comme un objet, c’est en s’opposant à ses désirs que le père offre une nouvelle image de lui, qui vient renforcer la triangulation : père, mère, enfant. L’image du père prend toute sa signification dans l’évolution et la résolution du complexe d’œdipe (cf PJ : article internet « le complexe d’œdipe ). Le père comme détenteur de l’autorité et porteur d’interdit : Widlöcher a défini la notion d’autorité et d’interdit dans la fonction paternelle par un rapport à la problématique oedipienne. Il précise que le père détient le rôle d’agent de l’interdiction oedipienne, c'est-à-dire qu’il est celui qui interdit le rêve de la possession exclusive de la mère. Selon lui, « la constitution du Surmoi dépend dans les deux sexes du dépôt dans la conscience de l’enfant de cette conscience morale qui est d’abord incarnée par le père ». L’enfant attribue alors au père les prohibitions, les interdits, les obligations, les ordres… L’enfant attend effectivement l’autorité de son père, mais celle-ci ne doit pas se manifester sous forme d’autoritarisme, de despotisme ou de tyrannie. L’autorité exercée par le père dépend également des relations existantes entre les parents. « Une relation affective satisfaisante entre les deux parents constitue le plus sûr garant de l’autorité paternelle » Porot. Le père comme modèle identificatoire : L’identification est un mécanisme psychologique inconscient par lequel un individu modèle sa conduite afin de ressembler à une autre personne. La fonction paternelle ne se résume pas à une fonction d’autorité et à la constitution d’un Surmoi. Le père est également le représentant du sexe masculin dans la « constellation familiale ». Il guide l’orientation sexuelle des enfants. L’enfant se définit par opposition au parent de sexe opposé et par identification au parent du même sexe. Dans la situation oedipienne, l’identification du garçon au père se fait directement, le père occupe à la fois une position de modèle mais également de rival par rapport à la mère. Selon Porot, le père doit offrir une image d’identification suffisamment valable à son fils pour que celui-ci puisse parvenir à l’acceptation totale de la virilité, symbolisée par le père. D’autre part sa position de rival qu’exerce le père dans la situation oedipienne, permet à l’enfant d’acquérir une certaine confiance en lui et ainsi, d’obtenir une préparation aux compétitions sociales futures. La fille, elle, s’identifie indirectement au père ; en effet, la fonction paternelle chez la fille consiste à lui faire découvrir le rôle complémentaire de la mère, celui de femme et ainsi, assurer l’acquisition d’un modèle de féminité. Nous sommes donc en mesure d’affirmer que la fonction paternelle agit sur la constitution de la personnalité de l’enfant. Elle intervient au niveau du développement affectif en assurant les possibilités d’autonomie et d’indépendance, nécessaire à une vie affective équilibrée (grâce à la fonction de séparation), et en assurant la confiance en soi permettant de faire face aux diverses compétitions sociales (grâce à la fonction d’identification). Elle intervient également au niveau de l’organisation de la personnalité, dans la mesure où elle permet la constitution d’un surmoi stable à travers la fonction d’autorité. La fonction paternelle a une incidence sur le développement de la personnalité de l’enfant. Quand il y a défaillance de la fonction paternelle, comment se traduit-elle et quelles en sont les conséquences ? 5) La défaillance de la fonction paternelle J’entends par défaillance, une incapacité, une faiblesse, quelque chose qui fait défaut A- les carences paternelles : pourquoi ? 1).Les absences physiques La maturation de l’enfant passe par la reconnaissance du père en tant que tel. Cette reconnaissance est nécessaire à la résolution du complexe d’Œdipe. Des absences trop fréquentes risquent de gêner les processus d’identification qui sont en jeu chez le garçon et chez la fille. Fréquemment la mère tente d’assumer les deux rôles (paternel et maternel), ce qui est le plus souvent perturbant pour l’enfant. Il faut cependant distinguer les absences quotidiennes et les absences de longues durées car elles n’ont pas les mêmes effets sur le développement de l’organisation de la personnalité de l’enfant. - Les absences quotidiennes du père pour son travail ne sont pas perturbantes dans la mesure ou elles sont équilibrées et surtout justifiées à l’enfant « papa va travailler ». Ces absences présenteraient même quelques avantages : le père offrant une image avec un statut social, l’autorité est mieux acceptée si elle se fait par intermittence. Une présence constante obligerait le père à s’occuper de tout et à empiéter sur le rôle de la mère. - Les absences de longue durée présentent des inconvénients manifestes. Cependant il est possible de pallier cela par une constante « représentation » de l’image paternelle par la mère. Le Gall a réalisé une étude portant sur l’effet de longue absence du père (4-8 mois) dans les familles de marins. Dans certaines familles, la mère marque constamment la place du père absent, en parlant de lui, retraçant ses voyages sur une mappemonde. Elle réserve au père, les décisions importantes. Dans ces familles, la réinstallation du père se fait avec moins de difficultés. Cependant la plupart des femmes renvoient à leurs enfants, l’image d’un père qui les a abandonnés et les laisse affronter les difficultés. 2) Les décès Selon J.Duché, la disparition du père ne permet pas une évolution harmonieuse de l’affectivité. Le garçon risque de rester trop attaché à sa mère puisque aucun rival ne s’oppose à lui. Cela paraît un peu restrictif, l’acceptation ou non d’un décès et la façon de le vivre dépend sûrement de plusieurs facteurs : - l’âge de l’enfant à la mort de son père et la conception que l’enfant a de la mort. - la personnalité de l’enfant - l’attitude de la mère et de l’entourage face à ce décès J. Généraud a observé des conduites hyperidéalisantes dans beaucoup de cas de décès du père. La perte du père est d’autant plus traumatisante que la mère est insuffisante et faible face à cette situation. L’enfant peut se réfugier alors dans un monde de rêve où son père est encore présent. Dans la mesure où la mère accompagne l’enfant dans cette situation, lorsqu’elle peut assumer partiellement l’image du père et le rôle du père, le décès de celui-ci n’entraîne pas de réaction pathologique. Le Gall précise « qu’un effet psychologique conduit l’enfant à idéaliser le père disparu bien que concrètement absent, le modèle paternel est idéalement représenté, il sert donc encore à la formation du moi et à sa valorisation ». 3) Les séparations des parents La garde des enfants est souvent confiée à la mère (pour les enfants de – de 6ans), on observe donc, une absence physique du père. Mais ce qui semble plus déterminant, se sont les conditions dans lesquelles se déroulent le divorce. La séparation est plus difficile à assumer pour l’enfant lorsque les parents s’entre- déchirent, la mère peut donner une image très négative du père à ses enfants (idem pour le père donnant une image négative de la mère). Les parents pour sauvegarder l’équilibre psychique de leur enfant devraient s’efforcer d’expliquer leur séparation en préservant l’image de soi et de l’autre. Une bonne relation entre les deux parents est garante de la fonction paternelle. 4) Les absences morales du père et les carences d’autorité* Il existe encore des pères peu attentifs à la vie familiale. Ils se déchargent sur leur femme pour tous les problèmes éducatifs. On observe des carences d’autorité importantes. Cette notion de carence d’autorité a longuement été étudiée par Sutter et Luccioni « elle nous paraît comme le point d’appui indispensable aux diverses forces psychologiques pour s’harmoniser au sein de la personne. En effet, lorsque cette autorité vient à manquer, sa carence s’inscrit sous forme de symptôme qui s’organise en un tableau assez cohérent, assez constant pour que nous ayons proposé de l’individualiser sous la désignation de « syndrome de carence d’autorité ». Ce comportement de père « démissionnaire » entraîne un déséquilibre global chez l’enfant et peut être à l’origine de la propension à la transgression les règles. 5) Les pathologies du père Les pères atteints de pathologies graves ne peuvent assumer leurs fonctions. Ils offrent à l’enfant une image dévalorisée faible, d’eux-mêmes, le processus d’identification est donc difficile. Ils sont donc dans l’incapacité d’assurer la fonction paternelle. La présence affective du père est aussi quantitative que qualitative, ce double manque produit chez l’enfant une insécurité profonde. Il risque pour l’enfant d’y avoir une défaillance de l’intériorisation d’une bonne image du père, et du couple parental dans son développement psychoaffectif. Quelles sont les conséquences de la défaillance de la fonction paternelle et de l’incapacité du père à remplir son rôle pour l’enfant B- Les conséquences de la défaillance de la fonction paternelle La défaillance de la fonction paternelle est le facteur essentiel de l’existence d’un trouble relationnel précoce entre le père et l’enfant. L’abandon de la fonction paternelle ou l’incapacité à l’assurer ne permet pas la maturation nécessaire à l’enfant. Cette carence paternelle est un facteur important dans l’apparition de différents troubles psychopathologiques de l’enfant. 1) le syndrome de carence d’autorité. Les traits caractéristiques du syndrome de carence d’autorité apparaissent dans trois domaines précis: la personnalité, le comportement, les relations interhumaines. - La personnalité est inconsistante, elle manque de stabilité et de fermeté. Les individus sont dépourvus de courage, de persévérance. Un sentiment profond d’insécurité règne et l’anxiété est fréquente. - Le comportement traduit en actes les altérations de la personnalité. Les actes sont souvent irréfléchis et inachevés. Le caprice domine et les tentatives de suicides sont assez fréquentes, dominées par des causes futiles. Sutter et Luccioni envisagent la tentative de suicide comme un signe révélateur d’une carence d’autorité à partir du moment où elle intervient comme une solution aux difficultés les plus diverses. - Les relations interhumaines sont marquées également par le caprice et l’instabilité. Le repliement sur soi et la tendance à l’isolement sont rares. L’individu nous apparaît sous une fausse sociabilité de surface, il reste isolé, tout engagement durable demeure impossible. Il a des camarades mais pas de véritables amis. 2) Les troubles de l’organisation de la personnalité. Nous avons vu précédemment que la régulation de la distance mère-enfant conditionnait l’aptitude de l’individu à assurer son autonomie et son indépendance. La situation de dépendance réciproque mère-enfant rend préjudiciable l’avenir psychoaffectif de l’enfant. Selon Muldworf, si la relation mère-enfant reste trop étroite, le développement de la personnalité de l’enfant dépendra de la personnalité de la mère. Si celle-ci est portée à un excès de sentimentalisme, l’enfant sera faible, capricieux, exigeant; si elle est autoritaire et possessive, l’enfant n’aura pas confiance en lui, il ressentira un sentiment d’insécurité constant, cela risque d’occasionner un être manquant de caractère, de courage, fuyant ses responsabilité (pusillanime) et ayant des intentions peu fermes (velléitaire). Nous avons vu également qu’une des fonctions du père était d’encourager son fils à le dépasser, à s’opposer à lui dans la compétition oedipienne. Lorsque cette fonction n’est pas assurée, les enfants éprouvent une angoisse importante à l’idée de s’opposer au père et se complaisent alors dans une situation de dépendance. Pour Le Gall, le manque d’image masculine propice à une identification positive, produit des personnalités insécures des êtres inquiets et anxieux cherchant constamment à être rassurés. D’aprés Muldworf, l’insuffisance de l’image paternelle chez la fille, produit des effets contradictoires: soit identification à une mère forte avec développement de tendances homosexuelles, soit recherche incessante de l’homme "idéal", aucun n’étant en mesure de satisfaire ce besoin absolu de sécurité. Chez le garçon la tendance homosexuelle peut également prédominer si le manque d’identification semble conjointe à une omnipotence maternelle, le petit garçon restant fixé à une toute puissance et à un narcissisme important. Les altérations de l’image paternelle entraînent donc des difficultés d’identification. L’enfant est alors soit inhibé, soit instable. Il est incapable de développer un sentiment d’identité stable, il doute de lui-même et à tendance à se dévaloriser. Il a peu de capacité de communication. On note fréquemment chez ces enfants, une dimension dépressive avec un sentiment d’accablement. 3) Les troubles du caractère et du comportement. On rencontre souvent des enfants présentant des troubles caractériels lorsque le père ne remplit pas sa fonction. Ces enfants sont instables, agressifs, hyperémotifs, anxieux, impulsifs, renfermés ou excités, coléreux... Les enfants peuvent également manifester leur malaise au travers de comportements. Ils réagissent sur un mode réactionnel et externalisent les conflits par des actes. Le Gall, nous fait remarquer que 75 % des délinquants juvéniles proviennent de famille où les parents sont séparés. 4) Les maladies mentales. Selon Muldworf, plus la privation paternelle est grande, plus elle est survenue tôt dans la vie de l’enfant, plus le risque de pathologie mentale est augmenté. La présence dans l’entourage de figures paternelles substitutives tend au contraire à diminuer ce risque. A. Salas a relevé dans sa recherche un certain nombre d’études visant à établir une relation entre le père et la maladie pathologique chez l’enfant: - Da Silva dans une étude effectuée en 1963 sur les parents de schizophrènes a noté que l’absence du père confirme et favorise la schizophrénie. - Les travaux de Green à ce sujet sont intéressants; il a réalisé une enquête sur le milieu familial des schizophrènes. Il a alors constaté une annihilation de l’image du père pour l’enfant. Ce phénomène serait engendré soit par "des circonstances extérieures comme l’éloignement, soit par des conflits comme la séparation soit par une exclusion fonctionnelle". L’image du père est faible et inefficace. Selon A. Salas, la plupart des pères d’enfant psychotique ont une personnalité marquée par une faille narcissique et ont une image dévalorisée d’eux-mêmes pouvant être à l’origine de comportement de fuite ou d’évitement. La démission du père dans ces cas, semble importante, mais il nous parait difficile d’affirmer actuellement, qu’un trouble relationnel entre le père et l’enfant serait directement responsable du développement d’une pathologie grave chez l’enfant, ou bien que l’existence d’une telle maladie chez l’enfant serait à l’origine d’une certaine défaillance du père. 5) les troubles dus à la démission des pères se transmettent et se répètent, en s’aggravant d’une génération à une autre (poids du transgénérationnel) Selon Didier Dumas, être père, c’est avant tout répéter le sien, la première chose qui mine le statut paternel est sa reproduction inchangée d’une génération à l’autre. Les maladies de la paternité ont la même origine. Elles reposent sur une fétichisation occulte de son propre père qui engendre des catastrophes d’autant plus destructrices que l’on méconnaît (ou que l’on ne veut pas voir) en quoi celui-ci nous à fait défaut. « Ni Freud, ni Lacan ne pouvaient voir les choses ainsi, puisque l’inconscient sur lequel ils se sont penchés est un inconscient défini comme « individuel ». Or l’inconscient paternel ne l’est pas. Il dépend avant tout de la présence ou de l’absence, en soi-même, de celui ou de ceux qui nous ont servi de père. L’inconscient paternel n’est pas individuel, mais transgénérationnel. Il se construit sur la présence interne d’un père antérieur, ayant à charge de cautionner celui que l’on devient. » L’absence de pensée sur le rôle du père dans l’autonomisation et le développement de l’enfant est à l’origine de tous les troubles mentaux, selon D.Dumas. Françoise Dolto et Jacques Lacan considéraient, chacun à sa façon, la psychose comme une dramatique carence de la fonction paternelle. Françoise Dolto enseignait que l’on ne pouvait comprendre la folie de l’enfant sans la considérer comme le produit d’une carence de transmissions mentales, impliquant les relations des mères à leurs filles sur trois générations. Elle n’attribuait pas la psychose de l’enfant à une absence actuelle de père, mais à une absence de père antérieur dans la vie affective et mentale de sa mère. 6) travail thérapeutique : comment se restaure l’image du père par la thérapie AIRE Je ne parlerais pas ici des thérapies d’enfants, sachant cependant que plus le symptôme apparaît tôt, et selon sa gravité, mieux vaut consulter assez vite. Non, je ne parlerais que de ces patients qui ont pu tant bien que mal arriver à l’âge adulte et qui décide un jour de frapper à la porte d’un thérapeute en AIRE. Ceux qui conçoivent la thérapie comme un outil visant à mettre un peu de lumière sur les zones d’ombres de leur passé, de leur vie. Ceux qui sentent que des situations conflictuelles, des angoisses, perdurent. Ceux qui ressentent au plus profond d’eux-mêmes, l’envie de trouver un sens à leur vie, à leur passé pour mieux se situer aujourd’hui. Ceux qui souhaitent y voir plus clair, mieux comprendre leur fonctionnement, leurs blocages, leurs répétitions, leurs difficultés de vivre. La thérapie AIRE, s’adresse à ceux qui veulent sortir d’une difficulté du moment, mais aussi à ceux qui veulent faire un travail plus profond et qui souhaitent rentrer en contact avec cette partie encore obscure d’eux-mêmes : l’inconscient. La thérapie AIRE utilise pour ce travail en profondeur l’outil du rêve éveillé, outil privilégié qui allie symbolisme, profondeur et est un véritable levier de changement. 1) Qu’est-ce que la Thérapie AIRE ? Ce type de psychothérapie mis au point par Jean-Marc Henriot à partir de ses diverses expériences, se situe au carrefour des thérapies brèves et du dénouement symbolique des nœuds inconscients. Cette approche se veut à la fois courte (intégrant les apports récents des méthodes « brèves ») et profonde (grâce à l’éclairage psychanalytique du travail symbolique effectué par le Rêve Eveillé). Le thérapeute possède ainsi plusieurs cordes à son arc (par exemple : A.T., Rogers, Systémique, Rêve Eveillé) et sait les utiliser au mieux, en fonction du type de pathologie et de la phase dans laquelle se trouve la cure. Le but étant que le patient s’extraie d’abord rapidement des difficultés les plus gênantes qui lui font perdre énergie et espoir, avant de renouer avec son axe central, et de découvrir alors équilibre et vitalité, ainsi que la gestion fine des frustrations et des limites que la vie lui impose. La pratique du rêve-éveillé : il s’agit, pour le patient, d’entrer dans un certain état d’esprit réceptif et relaxé grâce auquel va se déployer en lui un vrai scénario de rêve. La personne se trouve impliquée dans cette histoire, qu’elle vit avec autant d’intensité qu’un rêve nocturne, mais en gardant présent son Moi conscient qui décrit au thérapeute ce qui se passe, au fur et à mesure de l’action. Ayant mémorisé ce rêve, le sujet va ensuite faire des liens entre ci qu’il vient de vivre et le reste de son histoire (son enfance, sa vie actuelle, ses rêves nocturnes, etc.). De ce fait il dispose d’un double clavier de changement : 1. Au cours de son rêve-éveillé, il revit métaphoriquement les situations traumatiques oubliées, auxquelles il n’aurait pas accès aisément sans ce support. Et il peut aussi les terminer autrement, d’une façon plus conforme à ces capacités adultes, alors qu’au cours de leur survenue, il disposait que d’un psychisme infantile. Suite à quoi il découvre ce qui forme son identité la plus spécifique, et ce qui peut orienter sa vie autour d’un axe de réalisation vraiment satisfaisant. 2. Hors rêve-éveillé, il aperçoit progressivement et interprétativement les lignes de force de son histoire. Il prend conscience de ses propres choix et valeurs, se désidentifiant peu à peu des influences qui avaient déterminé son personnage. Il ouvre la porte à sa vraie personne. Cette technique donne les clés du monde intérieur, sur un mode similaire à celui des contes, avec une aisance confondante. 2. Le cadre thérapeutique : image du père La sécurité : Le cadre thérapeutique délimite un espace-temps distinct de la vie quotidienne. Cette transition entre l’intérieur et l’extérieur, entre l’imaginaire et la réalité, entre la subjectivité et l’objectivité, entre la spontanéité et la ritualisation, le cadre délimite un espace caractérisé par la notion « d’aire de jeu ». Ce cadre et les règles de « jeu » qui le constituent existent non pas pour réprimer mais pour favoriser, contenir, canaliser, l’expression du patient. Tout comme le père représente la sécurité pour le petit enfant et est un élément indispensable à son bon développement psychoaffectif, le cadre thérapeutique joue ce rôle de sécurité paternelle où il y a des limites protectrices. C’est aussi la stabilité du cadre (du père pour l’enfant), qui donne cette sécurité. Rigueur et souplesse sont des qualités communes en éducation et en thérapie. 3. La relation : des points communs entre le rôle du père et celui du thérapeute Protection- Permission- Puissance Le père c’est celui qui protège, qui met des limites, qui autorise, c’est celui qui va permettre à l’enfant de grandir dans cette relation de confiance et de sécurité, qui accompagne l’enfant qui deviendra adolescent puis adulte. C’est celui qui guide sur le chemin de l’autonomie. Le thérapeute c’est aussi, celui qui accompagne son patient, qui lui assure sécurité, protection (cadre), celui qui lui donne la permission, le droit de se libérer, d’oser sa parole ( affects, désirs, fantasmes …). Le thérapeute c’est aussi celui qui tient le choc, qui a cette réelle capacité à faire face (régressions, transferts, résistances…), tout comme l’enfant aime à dire « mon papa c’est le plus fort », le patient inconsciemment doit pouvoir dire « mon thérapeute c’est le plus fort ». Cette protection, cette permission, cette puissance c’est ce que le patient attend de son thérapeute. la bonne distance Si les premiers temps l’enfant à essentiellement besoin de soins maternels, ont a vu combien le rôle « défusionnant » du père est indispensable pour le bon fonctionnement psychique de l’enfant. Le thérapeute doit trouver la juste distance, ni trop lointain (car il risque de réveiller des angoisse d’abandon), ni trop proche (car ressenti comme intrusif). Tout comme le père doit trouver sa vraie place, le thérapeute doit lui aussi s’adapter à son patient et trouver sa juste place. 4.Le travail de restauration 1) Par le cadre et la relation Si le cadre est une sorte de symbolisation de la relation du nourrisson à son entourage et notamment à la mère (les premiers temps). Il faut créer un environnement sécurisant et facilitant qui puisse se substituer à la situation de carence qu’a connue le patient dans la réalité. La relation au thérapeute est alors un équivalent des soins et du soutien maternels et paternels. 2) Par le transfert L’analyste en ne rentrant pas dans le jeu du mauvais parent que lui fait « jouer » le patient, et en restant dans un accueil bienveillant et contenant, va aider le patient à reconstruire une image d’un nouveau parent. 3) Par le rêve éveillé (RE) : Dans l’expérience du RE, le rapport passivité/activité ne va pas sans rappeler le rapport entre la fonction maternelle contenante passive et la fonction paternelle contenue active (Bion). Sur une scène symbolique, le rêve-éveillé permet de remonter dans le passé, facilite la remémoration de souvenirs oubliés ou leur remise en situation, retrouve des repères et repaires. Le RE restaure, compense les frustrations, calme les plaies, comble les trous et répare les manques. La cure RE permet de restaurer le passé, d’ouvrir une progression qui permet au patient d’orienter le présent et futur vers une meilleure réalisation de soi. Si il y a eu carence du rôle du père, les images, le scénario du RE le souligneront. Ensuite grâce aux séances d’analyse, de perlaboration, voire d’interprétation du thérapeute, le patient pourra en prendre conscience et au fur et à mesure de ses RE, il pourra restaurer symboliquement cette image paternelle. Le cas clinique de Claude C. 31 ans, vivant dans un désert relationnel, avec une vision du monde plutôt paranoïaque, 1 an d’analyse RE. Ses nombreux RE ainsi que le travail d’interprétation, de perlaboration lui permettent d’éclairer progressivement toute son histoire et ses convictions issue de cette histoire, et en particulier l’idée que son père acceptait la fonction de porteur de tout le négatif parce qu’il savait qu’ainsi il assurait la survie psychique de sa femme (le Bernard l’Hermite assurait la survie du coquillage), il apparaît aussi que Claude a pu désirer prendre la place de ce père qui possédait la mère. Après cette prise de conscience, il en découle un nouveau style et un début de changement relationnel dans sa vie réelle (cf: l’exposé de J-M. Henriot pour le GIREP : vrai-faux souvenir pour une nouvelle histoire ). Le RE permet de reconstruire une bonne image paternelle, et cette nouvelle image intégrée psychiquement (et non au niveau de la réalité) va aider le patient à se reparentaliser et lui redonne une autonomie psychique. Parce qu’on le vit symboliquement, le RE permet également de terminer les loyautés et le poids du transgénérationnel. les symboles du père dans le RE Le père positif : L’idée du Père se confond avec celle de la masculinité et qui dérive vers le symbole du phallus. Par analogie, toute une série de symboles lui est associée : tout ce qui est vertical, dressé, arrogant, agressif, tout ce qui perce, troue, tout ce qui est tendu vers l’avenir. - Ce qui évoque l’avenir, le devenir…
- Ce qui évoque le « social »…
- Ce qui évoque l’aventure…
- Ce qui est « brillant », réellement ou socialement ; tout ce qui rappelle le soleil ; ce qui « monte » (comme le soleil dans le ciel)…
- Ce qui avance, perce, est vertical, est linéaire…
- Ce qui évoque la loi et la parole paternelle…
- Ce qui évoque l’initiation, l’activation, l’apprentissage…
Le père négatif : Tout ce qui peut représenter la castration, la destruction, la loi et la justice répressives… Conclusion Etre père, ce n’est pas être un substitut de la mère. C’est occuper dans la vie mentale de l’enfant une place dont dépendent sa construction et sa santé psychique. Un enfant se conçoit autant dans des paroles et des désirs partagés que dans un acte sexuel. Si le rôle de la mère est de porter l’enfant dans son corps, celui du père est de le porter dans ses pensées et ses désirs. Il est vital, dans la construction mentale de l’enfant, qu’il puisse référer son existence à un autre tuteurage que celui de la mère, à quelqu’un qui soit responsable de sa présence et de son venir, et le soit au même titre qu’elle. Dès que les parents n’arrivent plus à se parler, dès que la mère ne fait pas exister le père dans sa parole, alors la santé mentale de l’enfant en pâtit. Accepter l’originalité des rôles de chacun, prendre sa place spécifique s’est donner l’accès à l’autonomie et rendre l’enfant capable de devenir un adulte qui puisse s’intégrer à la société. Mais, les symptômes d’enfants, les souffrances d’adultes rencontrées dans les cabinets de thérapeutes, montrent cette méconnaissance du rôle du père dans la construction psychique de l’enfant. Cependant, si la carence n’est pas trop lourde, un travail thérapeutique peut aider l’adulte d’aujourd’hui à restaurer cette image négative du père. Un travail en AIRE et en particulier avec l’outil du Rêve-éveillé, permet à l’enfant d’hier de se reparentaliser, de trouver symboliquement des parents suffisamment bons pour panser les blessures de l’enfant intérieur. Ne pas chercher à tout prix une nouvelle relation avec notre vrai parent, mais accepter que l’adulte que l’on est devenu à les ressources en lui, pour chercher quand l’enfant crie, la parole sécurisante du père intérieur. Cette démarche permet de trouver sa vraie autonomie. Comme le père accepte de voir grandir son enfant, le thérapeute doit être aussi capable de retirer progressivement son support, au fur et à mesure que s’opère la maturation du patient ; car celui-ci doit pouvoir trouver peu à peu en lui-même sécurité, intégrité et force suffisante pour affronter la réalité quotidienne. Etre père s’est accepter d’accompagner, de soutenir son enfant, être thérapeute s’est accepter de renvoyer le patient à sa liberté et à sa responsabilité, lui proposant juste de faire un bout de chemin ensemble pour lui faciliter la route. Bibliographie : . Diverses lectures à propos de FREUD . « Sans père et sans parole » de Didier DUMAS . « Le rôle du père », « la fonction paternelle » : articles internet. . Conférence de G.LUROL « pères d’hier, pères d’aujourd’hui : repères pour vivre et penser la paternité ». . « Hommes et femmes », « séminaire de psychanalyse d’enfant » de Françoise DOLTO . « Zouti » de Jean-Marc HENRIOT . « Pratiquer la psychothérapie » d’Alain DELOURME et Edmond MARC . « Le rêve éveillé revisité » d’Elisabeth MERCIER . « Le rêve éveillé analytique » de Nicole FABRE et Gilbert MAUREY |