La relation codépendante - De la dépendance à l'autonomie
   
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LA RELATION CODEPENDANTE

De la dépendance à l’autonomie

 

Patricia POIRIER

 

 

CODEPENDANCE

DE LA DEPENDANCE A L’AUTONOMIE

 

A - Définitions d’une relation co-dépendante

 

Dans le langage courant, on parle de dépendance, indépendance, autonomie, et voilà encore une autre catégorie : co-dépendance.

Mais que recouvre t-elle ? Une dépendance commune ?

 

            1) Rappel de différentes notions de base

 

ATTACHEMENT

 

L’attachement dont le nom reste associé au créateur du concept, John Bowlby, pédiatre et psychanalyste en 1936, est un mécanisme inné, qui lie le bébé à sa maman, et qui se manifeste par l’échange de regards, mimiques, caresses et suçotements.

Sa qualité a une influence fondamentale sur le développement du bébé et du futur adulte.

Il peut être une base sûre (attachement sécure) mais peut aussi, avec une mère vaguement rejetante, non disponible, devenir un attachement évitant et parfois un attachement ambivalent quand la mère se montre trop souvent anxieuse, et mal synchronisée aux attentes de son bébé.

 

L’Amour, au sens large, que nous pouvons éprouver dans notre vie d’adulte contient une forte part de l’attachement que nous avons développé bébé pour notre mère (n’oublions pas papa aussi).

 

DEPENDANCE

 

Une relation de dépendance est caractérisée par le désir de la présence rassurante d’une autre personne. Jusque là, rien de malsain . On peut parler de dépendance pathologique quand ce besoin de dépendance est une obsession liée à une forte « soif d’attachement ».

Le deuxième signe réside dans le fait que la personne devient distraite et qu’elle néglige d’autres aspects de sa vie.

 

INDEPENDANCE - AUTONOMIE

 

L’ autonomie est décrit dans « Psychologie clinique » de Bernard Robinson, comme  la capacité du psychisme de se maintenir unité vivante au milieu des influences qu’exerce l’environnement.

 

INTERDEPENDANCE

 

On parle d’interdépendance quand dans la relation, ce pour quoi chacun a besoin de l’autre est à peu près équivalent. Dans ce cas là, il est beaucoup moins probable que le pouvoir coercitif fonctionne.

              

 

            2) Définition de la CO-DEPENDANCE

 

C’est à la fin des années 70  que le mot “codépendance” a fait son apparition dans le langage thérapeutique.

Depuis longtemps, les thérapeutes soupçonnaient l’existence d’un phénomène affectif très particulier survenant chez l’individu proche d’un chimio-dépendant.

 

Dans un essai extrait de l’ouvrage Co-dependency, An Emerging Issue, Robert Subby définit la codépendance comme étant “un état affectif, psychologique et comportemental apparaissant à la suite du contact et de la pratique prolongés d’une série de règles répressives - règles qui empêchent le sujet d’exprimer ouvertement ses sentiments et d’aborder de manière directe les problèmes personnels et interpersonnels”.

 

Eanie Larsen, autre spécialiste de la codépendance et pionnier de la recherche en ce domaine, en donne la définition suivante : “Comportements ou défauts de caractère acquis ayant pour conséquence inévitable de réduire la faculté d’amorcer une relation amoureuse ou d’y prendre activement part”.

 

Toutefois, la définition de la codépendance a été quelque peu étendue depuis.

On a identifié d’autres troubles, tels que la tendance à manger trop ou trop peu, l’obsession du jeu et certains comportements sexuels.

 

Il est apparu que des groupes de plus en plus nombreux étaient touchés :

- les ex-enfants d’alcooliques

- les proches de malades chroniques ou de personnes atteintes de troubles affectifs ou

mentaux

- les parents  d’enfants souffrant de troubles du comportement

- les personnes fréquentant des irresponsables

- les membres de la profession : infirmières et assistantes sociales, entre autres catégories chargées d’”aider” les autres alcooliques et toxicomanes

 

 

B - Qui sont les femmes qui aiment trop ?

 

            1 ) Leur histoire d’enfance

 

                  Atmosphère de la famille d’origine

 

On retrouve très souvent une atmosphère de privation affective où les besoins les plus profonds d’amour, de sollicitude, de sécurité affective ne sont pas comblés.

Ainsi sont cités des cas de parents ayant eu une rigidité extrême concernant l’argent, la religion, le travail, l’emploi du temps, les démonstrations d’affection, le sexe, la télé, le ménage, les sports...etc..

Ce genre d’obsession décourage le contact et l’intimité parce que l’importance est mise non pas sur les rapports de relations mais sur les règles de conduite.

 

De même, la famille d’origine peu fiable, pas disponible parce que “trop atteints”

conduit à des enfants qui inévitablement s’affolent devant la perte de contrôle des autres et vont compenser en tentant d’inverser la situation en étant fortes et disponibles pour les autres.

 

Fréquemment grandies trop vite, avec parents irresponsables, faibles, les enfants “pseudo-adultes” sont souvent enchantées de ce pouvoir. Elles se protégent ainsi de leurs paniques en aidant les gens afin de se sentir en sécurité et ayant le contrôle de la situation. Elles deviennent des expertes de la responsabilité et restent avec une “soif d’attachement” intense.

 

                   Lien co-dépendance-alcoolisme d’un parent

 

L’alcoolisme et les autres troubles compulsifs sont véritablement des maladies de famille. Une certaine contagion se met en place chez les membres de cette famille. Elle prend différentes voies et on peut dire que l’ensemble porte le nom de co-dépendance.

Ainsi, on peut noter une similitude entre obsession à l’alcool et l’obsession à une relation, la façon semblable de nier la gravité du problème ou encore les efforts répétés pour contrôler la consommation pour l’un, la relation pour l’autre.

Lorsqu’un membre de la famille est “affecté”, la codépendance acquiert une vie propre, comme quand on adopte une manie destructrice.

 

                   Situation oedipienne

 

Dans une famille perturbée, bon nombre d’enfants vont adopter un rôle : rôle prématuré de responsable pour assumer le reste de la famille.

Si quelque chose arrive au “rival envié” (complexe d’Oedipe), que ce parent souffre ou disparaisse, l’effet produit sur l’enfant peut-être catastrophique (culpabilité, sentiments de malaise inconscient...).

 

            2 ) Leurs caractéristiques

 

                 Position sauveteur-victime :

 

 Pour les femmes issues de tristes familles où les charges émotives étaient trop fortes et les responsabilités trop lourdes à porter, le plaisir et la douleur ont été ressentis d’abord comme 2 sentiments indistincts : ces sentiments se sont confondus jusqu’à devenir une seule et même sensation.

Naît ainsi le complexe de salvatrice : la femme ne fonctionne “bien” que lorsqu’elle est placée dans une telle situation. Sont recherchés inconsciemment les situations désespérées pour tenter de surmonter les vieilles émotions enfouies de l’enfance.

Si je souffre pour toi, m’aimeras-tu ?

 

                 Mythe de la Belle et la Bête

 

Ce conte semble nous dire “On peut transformer quelqu’un d’affreux en l’aimant toujours plus” ; ce qui rejoint certaines croyances qui vont dans ce sens.

Le grand besoin d’être indispensable (sauveteur), d’avoir un homme faible (ou inversement) et inadapté et de contrôler l’existence de l’autre sont autant de moyens de nier et d’éviter le vide. Ce vide qui s’est installé pendant les années de jeunesse.

 

Trois moyens sont généralement utilisés :

 

- se rendre invisible (ne rien demander, être insensible à ses propres chagrins)

- être méchante ou révoltée : on se fait le centre pour focaliser la douleur, la colère, la peur

- être bonne : réussir pour “racheter” sa famille (apparences) plutôt que ressentir ses émotions

 

La vraie leçon du conte est l’acceptation totale de l’autre, tel qu’il est ; la Belle n’a pas essayé de changer la Bête.

 

                 Autres dépendances

 

Il arrive souvent qu’une dépendance en nourrisse une autre (boulimie, alcool, substances intoxicantes) et le partenaire n’est pas alors la seule drogue.

La recherche du bonheur est à l’extérieur de soi.

Plus il y a d’échappatoires, plus la personne se rend malade. Ces différentes compulsions viennent “éteindre” les sensations d’angoisse, de peur, de solitude...

 

                 Lien avec culpabilité

 

Dans ce contexte, les sentiments de honte, de culpabilité, de peur, d’aversion de soi même sont exacerbés.

Déjà l’enfant s’est senti responsable, coupable de la difficulté de vivre de son ou ses parents, de leurs conflits.

                        

 

C - Qui sont les hommes qui choisissent des femmes qui aiment trop ?

 

            Leur position préférentielle

 

La femme qui se sent victime va rencontrer un homme dont l’identité repose sur la puissance et l’agression.

Les relations de couple ne reposent ni sur des coïncidences, ni du hasard.

Le fait de retrouver quelqu’un qui ressemble à papa ou maman n’est pas tout à fait vrai cependant ; c’est plutôt le fait qu’avec ce partenaire nous pouvons ressentir les mêmes défis que pendant notre jeunesse et un sentiment de fusion mystérieuse.

 

            Quand l’homme vient à se soigner

 

Certains hommes ont acquis une très grande connaissance d’eux-mêmes, ainsi qu’une grande perspicacité quant à leurs attitudes vis-à-vis des femmes qu’ils ont connues.

Quand ils se remettent de leurs intoxications (elles peuvent être multiples), ils sont plus à même d’identifier ce qui les attirait vers une femme.

En affrontant ses dragons, ses peurs, l’homme se transforme peu à peu et entraîne des changements chez les autres membres de sa famille.

 

A ce moment là, la « femme qui aime trop » peut se retrouver devant un malaise d’inadaptation, face à cette sollicitude affectueuse qu’elle avait tant désirée.

Il peut être plus facile pour elle et lui, d’en rester là, avec les rôles inversés : la « poursuiveuse » poursuivie et « l’éviteur » évité.

Ils peuvent aussi tout simplement changer de rôle, garder ainsi leurs distances d’auparavant et le même niveau de bien-être relatif.

Ils peuvent aussi risquer de se rapprocher l’un de l’autre, en tant que couple, et en tant que famille ; un défi à relever.

 

 

D - Que sous-tend la relation co-dépendante

 

            1 ) Croyances - Attentes

 

La femme qui aime trop tente de changer le comportement et les sentiments de son partenaire à son égard au moyen de manoeuvres désespérées.

Elle préfère se culpabiliser que d’admettre l’incapacité d’aimer de l’autre. Elle garde l’espoir qu’un jour elle parviendrait à se changer suffisamment pour l’encourager, lui aussi à changer.

 

On retrouve très souvent les croyances sous-jacentes du type :

“Si je change, m’aimeras-tu ?”ou encore

 “Si je souffre pour toi, m’aimeras-tu ?” ; la souffrance est perçue comme une marque d’amour et le refus de souffrir comme une preuve d’égoïsme

“Si ça ne fonctionne pas et que nous ne sommes pas heureux, c’est que j’en ai pas fait suffisamment”

“Si je l’aime assez, je pourrai dissiper ses souffrances passées”

“Je ne dois pas lui tenir rigueur de sa conduite, étant donné tous les torts qu’il a subi enfant”….

 

            2 ) Non-dits

 

Au début d’une relation, chacun essaie de trouver réponse à certaines questions au sujet de l’autre, et ce à partir d’une multitude de renseignements qui sont automatiquement diffusés pendant les premiers instants de la rencontre.

Ces questions muettes sont généralement simples :

Est-ce que j’ai quelque chose en commun avec toi ?

As-tu quelque chose en commun avec moi ?

Es-tu une personne plaisante à fréquenter ?

Mais il y a souvent d’autres questions qui surgissent, selon l’identité et les intentions des deux êtres.

 

La femme “qui aime trop” demande en secret “As-tu besoin de moi” ?

“Veux-tu t’occuper de moi et résoudre mes problèmes ?” est la requête silencieuse que dissimulent les mots prononcés par l’homme qui choisira éventuellement cette femme comme partenaire.

 

            3) Jeux

 

Sans cesse, la ou le codépendant va jouer la nounou, le garde-malade avec un désir obsessionnel “d’aider”, une attitude secrètement dominatrice de contrôle de l’autre.

Cette attirance pour une étrange préoccupation de l’autre, et la tolérance dont on fait preuve envers cette inclinaison, aboutit à l’abandon de soi, à une quasi-impossibilité de communiquer, à des problèmes vis-à-vis de l’intimité, et à ce tourbillon incessant qui nous emporte vers les 5 stades du processus de deuil.

Comme on a pu le voir, les jeux de Sauveteur-Victime-Persécuteur sont largement à l’œuvre.

 

            4) Sexualité

 

Parfois les codépendants ont tendance à :

 

- se préoccuper davantage des autres que d’eux-mêmes au lit

- faire l’amour alors qu’il n’en ont pas envie

- faire l’amour alors qu’ils préfèreraient être étreints, entourés, aimés

- tenter de faire l’amour quand ils sont en colère ou blessés

- refuser d’y trouver du plaisir parce qu’ils sont trop en colère contre leur partenaire

- avoir peur de perdre le contrôle

- avoir beaucoup de mal à exprimer leurs envies au lit

- se tenir affectivement à distance de leur partenaire

- éprouver de la répulsion sur le plan sexuel à l’égard de leur partenaire

- ne jamais en parler

 

Pour garder l’autre, pour le maintenir dépendant, l’appât, c’est le sexe et il va souvent falloir travailler à guérir son besoin de donner et donner encore (comme une drogue) alors qu’il y a tant de vide intérieurement et comprendre de ce fait, comment elle se sert de la sexualité dans la relation.

Plus loin, j’aborde les angoisses reliées au sexe qui facilitent la passion dans  une relation co-dépendante.

 

 

E - Distinction entre état amoureux et relation amoureuse

 

            1) Souffrir et aimer

 

Toute relation amoureuse demande un engagement intime et soutenu. Alors comment faire la différence entre une dépendance saine et une dépendance pathologique au point de ne plus pouvoir se quitter ; souffrir de trop de frustrations, voire de violence.

Certaines personnes disent : “Et pourtant, je l’aime..”

Prendre le risque de la dépendance à l’autre ; n’est-ce pas un enjeu nécessaire dans le couple. Mais à quel prix ?

 

Certains critères permettent de faire la différence entre l’état amoureux et la relation amoureuse :

 

 

ETAT AMOUREUX

RELATION AMOUREUSE

Peut exister seul

Il faut être deux

Peut garder une personne attachée à un partenaire envers lequel, elle ne peut ou ne veut pas s’engager ou qui ne veut pas s’engager avec elle

Exige une affection et un engagement de la part des 2 partenaires qui doivent tenter de rendre leur relation aussi satisfaisante que possible

L’inaccessibilité intensifie parfois l’état amoureux

Exige que les 2 partenaires soient disponibles

 

Si relation saine : joie et confort en découlent et le fait de pouvoir compter sur l’autre

 

Nombreux buts et intérêts communs qui augmentent l’intimité

Cependant les contraires s’attirent ; cela impliquent suffisamment de tolérance

Au départ bien-être merveilleux et peu à peu perte estime de soi ; se sentir “vidée“, pessimiste, déprimée ; maux physiques

La relation amoureuse saine implique du dynamisme, de l’optimisme mutuels, une tendresse, sollicitude et une joie de voir l’autre exister.

 

 

Souffrir d’une dépendance amoureuse est une dépendance obsessive. Déjà, dans l’enfance, il a fallu faire des efforts pour obtenir l’affection des parents.

L’autre vient combler un vide à l’intérieur.

L’élément accoutumant est quelque chose de profond et de primitif qui remonte à la prime enfance de chacun.

Cet élément est “la soif d’attachement”.

 

            2) Comment éviter une relation amoureuse satisfaisante

 

On peut voir un lien entre l’asservissement émotif à l’autre et le désir de l’enfant intérieur de mériter l’amour et l’approbation de ses parents.

Pourquoi la voix de cet enfant intérieur est t-elle si forte et si impérieuse parfois ?

Elle vient à dominer notre jugement, notre volonté, même nos sentiments qui nous indiqueraient ce qui nous convient le mieux, au lieu de devenir co-dépendants.

On a affaire à un déni autodestructeur en partie inconscient.

On y retrouve souvent ce genre de croyances, à savoir : “le genre de personnes qui me conviendrait ne m’excite pas, m’ennuie“.

Ce vide intérieur est parfois un désert pour certains qu’il serait bon de reconnaître.

Sans doute, ce vide est apparu à la suite d’une déficience que certains en psychologie de l’enfant appellent : la capacité à se rassurer soi-même.

L’indépendance naît de cette capacité ; qu’il sera utile de développer pour la guérison.

 

Beaucoup de motifs cachés vont pousser à éviter les relations amoureuses gratifiantes

 

- peur de l’intimité : l’intimité comporte le risque d’être connu, d’être vulnérable et peut-être trahi, blessé, dominé..

 

- peur de perdre son Moi : le “bébé intérieur” peut chercher à se perdre en l’autre

 

- peur d’être abandonné : si je tombe vraiment amoureux, vais-je être abandonné ?

 

- peur du rejet : qui signe une faible estime de soi

 

- peur de gagner : Il peut être tabou et dangereux de posséder l’amour dévoué de l’autre (croyance erronée). On peut avoir peur des conséquences du succès.

On retrouve toute une dynamique du conflit oedipien qui dans la prime enfance, naît de la peur de défier le parent du même sexe pour obtenir l’affection et la “possession” du parent de l’autre sexe

 

- se sentir coupable de laisser quelqu’un derrière soi : on se comporte comme le parent déprimé, par exemple par loyauté envers lui

 

- peur de devenir adulte : comment grandir avec des images négatives de couple parental et s’engager “pour de vrai” ?

 

- peur de renoncer à la position de Victime : laisser derrière soi la petite fille malheureuse, qui a dû se battre pour survivre mais aussi la figure parentale destructrice. Quand le vieux Moi triste tire en arrière, il faut du courage pour abandonner.

 

- les angoisses reliées au sexe : en lien avec les croyances transmises(dites ou non-dites) concernant le sexe comme sale, honteux.

En quelque sorte, la dépendance leur donne la permission d’exprimer leur désir sexuel.

 

- renoncer au sentiment d’euphorie engendré par la relation malsaine : la relation codépendante peut-être utilisée pour se prémunir contre le découragement, l’impression de fadeur et l’absence de signification qui menacent de nous engloutir (sentiments sous-jacents de dépression, vieilles peurs, conflits, obsessions....)

 

 

F- Voie de la guérison

 

            1) Techniques de décision

 

Il importe maintenant de développer de nouveaux moyens et d’être dans moins de “S’il n’y avait pas de...” mais beaucoup de  je décide maintenant....”.

 

   Une analyse des coûts et avantages de la relation semble un bon départ pour démarrer la guérison : ainsi, noter d’un côté les éléments qui contribuent à son bonheur (sentiment de sécurité, bien-être, estime de soi) et d’autre part les aspects de la relation qui rend  anxieux, malheureux, destructeurs pour son bien-être et l’estime de soi.

 

Un journal de la relation tenu régulièrement sur les incidents, évènements, conversations et surtout le ressenti associé permettrait déjà dans un 1er temps d’avoir une vie plus objective, plus claire.

 

A partir de là, un questionnement authentique peut se mettre en place :

- Est-ce que je peux poursuivre cette relation ?

- Que dois-je changer et comment ?

- L’ai-je déjà vécu dans une autre relation ? (enfant, dans mon passé ; avec qui ?)

- Y a t-il eu amélioration, changements significatifs ?

- Que ressentirai-je si je la vivais encore dans un an, dans 5 ans ?

 

Sans oublier, que nous ne pouvons pas changer les autres mais uniquement se changer soi-même.

 

            2) Changement de positionnement

 

Un changement de positionnement semble donc plus que souhaitable. Il est nécessaire à ce stade, de faire de sa guérison une priorité vitale. Il faut s’engager avec soi-même :

 

- à cesser de justifier la conduite de son (ou sa) partenaire

- mettre de côté les espoirs de voir les choses s’arranger

- cesser de faire des efforts pour préserver la relation

- amorcer un processus de détachement

 

Il est plus que nécessaire de reconnaître les jeux relationnels dans lesquels, on s’enlise

 

- sortir de la spirale Victime-Persécuteur-Sauveteur qui ne mène que vers la violence et la destruction et retrouver une position adulte objective (le journal et le questionnement vont être utiles).

Attention au rôle préféré de Sauveteur, courant et réconfortant, mais qui évite de faire face à sa propre réalité et perpétue souvent l’attitude acquise pendant l’enfance.

 

- cesser de diriger et contrôler l’autre : ne pas l’aider - ne pas lui donner de conseils - renoncer à l’encourager et le louanger - cesser de le surveiller...

Laisser de côté la manipulation, le besoin de lutte, de forcer l’autre à donner une raison, une excuse ; le mot-clef est S’ABSTENIR.

 

- apprendre à vivre sans être l’un ou l’autre pion de ces jeux, sans l’excitation des querelles, drames. L’ennui, ressenti parfois au début est mise à profit d’une connaissance de soi-même, d’une re-découverte de ses propres besoins, désirs, capacités...pour se transformer peu à peu en connaissance intime de soi.

      

          3) Quoi faire de ses émotions

 

Il arrive fréquemment que les codépendants perdent le contact avec le siège de leurs émotions. Cette distance affective peut s’instaurer vis-à-vis de certains êtres, ceux qui peuvent nous faire du mal. On ne leur fait pas confiance, donc, en leur présence, on dissimule son côté affectif.

Même les familles sans terrain alcoolique rejettent les sentiments : « Tu as tort de ressentir ça. Ta réaction est incorrecte. Et tant qu’à faire, ne ressens rien du tout. »

Il arrive aussi qu’on tente d’effacer ses sentiments parce qu’on en a peur. S’avouer ses véritables sentiments exigerait une résolution, une action, un changement.

On se trouverait face à face avec la réalité.

 

Alors que faire de ces maudites émotions ?

Eh bien, les éprouver, tout simplement.

Avoir des états d’âme, ce n’est ni mal, ni déplacé. On n’a pas à s’en sentir coupable.

Ressentir n’est pas faire.

Il faudrait pouvoir ne pas porter sur les sentiments de jugements du type « bon » ou « mauvais ». Les sentiments sont de l’énergie émotionnelle, et non des traits de personnalité.

L’étape suivante est de les affronter et s’en détacher.

Bref, nos émotions ne doivent pas nous mener par le bout du nez.

Se comporter en adulte, ce sera les soumettre à notre intelligence et quand on décide de faire face à ses propres sentiments, il faut parfois se mettre à penser autrement.

 

Dans tous les cas, nous devons inviter nos émotions à partager notre vie puis nous engager fermement à prendre gentiment, amoureusement soin d’elles. Puis, il nous reste à rechercher activement la paix et l’équilibre.

 

            4) Objectifs

 

On l’a vu, la guérison doit devenir une priorité vitale ; c’est pourquoi, il va falloir cesser la consommation de drogue, alcool pour certains. Les consultations chez son thérapeute ou son groupe de soutien doivent être impérativement respectées (importance d’un contrat).

Cela doit passer avant l’invitation à déjeuner avec l’homme de sa vie.

 

La finalité est de retrouver des attitudes plus saines, plus de sécurité interne, plus d’opportunités pour cultiver ce qui cherche à s’épanouir en soi.

Toute l’ énergie ciblée sur l’autre va être récupérée pour des activités nouvelles, se faire plaisir. On va pouvoir s’accorder du temps.

C’est un bien-être salutaire pour les femmes qui « aiment trop », trop sérieuses et responsables à l’excès.

La frustration vient du fait de ne pas avancer dans sa vie.

En devenant plus « égoïste » (en fait, honnête), on laisse aux autres le soin de satisfaire leurs propres désirs et besoins.

 

Le but ultime est la réalisation de son Moi le plus élevé.

La guérison est l’affaire de toute une vie et il faut beaucoup de courage pour que 2 personnes réussissent à éliminer complètement ces 2 rôles : « aimer trop » pour l’un et « ne pas aimer assez » pour l’autre, en sachant que les rôles sont interchangeables.

 

            5) Aides possibles

 

La meilleure façon est de raconter son histoire et de créer des liens auprès d’une aide thérapeutique (thérapeute ou/et  groupe).

Ce partage est aussi un acte d’égoïsme salutaire ; on va renoncer au fait de paraître bien et décrire son vécu pour une « renaissance personnelle ».

Pour les personnes alcooliques : les deux aides seront nécessaires (thérapeute + groupe de soutien).

 

Une aide plus subtile est de développer une vie spirituelle par la pratique journalière de prière, méditations, ou toute autre manière de transférer à une puissance supérieure pour obtenir paix et sérénité.

 

Pourquoi ?

Il est presque impossible, sans cela, de renoncer à diriger et à contrôler et d’avoir confiance que tout ira pour le mieux.

Pour cesser d’être une victime, il faut se libérer de la terrible responsabilité de tout arranger, d’empêcher les catastrophes de se produire. Les affirmations positives répétées peuvent nous y aider, du style « la Vie me mènera là où elle doit me mener, je fais confiance ».

S’élever spirituellement nous fait retrouver une certaine foi qui accompagne l’enthousiasme.

 

Enfin, des livres sur le sujet peuvent nous sensibiliser et nous fournir des pistes de réflexion et de travail.

 

            6) Rupture d’une relation co-dépendante

 

La relation peut, bien évidemment être mise à rude épreuve.

 

Pour cela : une seule solution, s’occuper tout d’abord de son propre changement

Et commencer par combler cette « soif d’attachement » de différentes façons : travail, amitiés, famille, passe-temps, responsabilités autres.

Participer à un groupe de soutien permettra de rencontrer des personnes qui écouteront avec empathie et sollicitude.

Suivre une psychothérapie fournira une atmosphère d’intimité émotionnelle qui comblera en partie cette «soif d’attachement ».

 

Après la rupture, ces aides seront précieuses car on rentre dans une période de régénération et de consolidation comme un temps de deuil, un temps pour pleurer en étant ouvert à ses sentiments de colère, de tristesse, sans s’appesantir ;

un temps pour relâcher l’emprise de la culpabilité, pour rencontrer sa solitude en voyant qu’elle provient pour une grande part de l’enfant intérieur, pour dénouer ses peurs d’une relation plus satisfaisante.

 

Va se mettre en place un nouveau regard sur la vie, comme un changement de lunettes et de la passivité, on va aller vers des actions positives, des objectifs de vie, vers un itinéraire le plus susceptible de combler ses propres besoins les plus profonds et les plus essentiels et à partir de là un compagnon ou une compagne capable d’améliorer son voyage plutôt que de l’entraver.

 

G - Thérapie AIRE et co-dépendance

            

            1 - Repérage du climat familial dans anamnèse

 

Dans l’histoire de vie d’un individu, on va s’attacher à “reconstituer” le plus fidèlement possible son contexte de vie d’enfant, d’adolescent et faire des liens avec le type de relations amoureuses vécues.

Y a t-il eu un contexte important de privation affective ?

Peut-il y avoir une compulsion intérieure inconsciente d’éviter, de détruire une relation amoureuse prometteuse ?

Dans quel climat, la personne vit-elle actuellement ?

Quel est son rôle “préféré” dans la relation (Victime-Sauveteur-Persécuteur) ?

 Les apports de l’analyse transactionnelle nous sont précieux.

Quel position de vie adopte-t-elle le plus souvent ?

Là aussi, quels liens peut-on faire avec son passé ?

 

              2 -Utilisation thérapies brèves : AT - Tâches – Recadrage des croyances

 

On a pu voir toute l’importance des jeux relationnels, à la base de tant de conflits et malaise. Chaque petit pas aura son importance et va pouvoir permettre à la personne qui demande de l’aide, d’être plus lucide face à sa relation et le rôle qu’elle y joue.

Un changement d’attitudes, de comportement, aussi minime soit-il, va commencer, d’une part à aider à sortir de ce rouage infernal mais aussi et surtout à redonner confiance, valeur, estime à cette personne.

 

Pour débuter, chaque tâche prescrite qui permettra de retrouver ses propres besoins, d’y répondre ou d ‘observer le rôle que l’on joue dans sa relation et en sortir, va permettre de mieux s’accepter.

L’épanouissement progressif est à acquérir pour sortir de la passivité.

 

Par l’écoute attentive et bienveillante, un thérapeute peut repérer le types de croyances sous-jacentes maintenant (son ou sa) patiente dans un type de relation co-dépendante.

Par exemple : Mon conjointe (ou conjointe) est une personne solide, forte (à la place de méchante ou insensible)

Ou encore

Si je consacre beaucoup de temps et d’énergie à la relation, tout va bien aller dans notre relation.

Réceptivité n’égale pas besoin excessif d’attention.

Bien sûr autant d’exemples que de personnalités et relations différentes.

 

Ces premières approches de la relation co-dépendante et de ce fait nuisible, vont permettre de retrouver  peu à peu un aperçu, une émergence de son vrai Moi.

 

            3 – THERAPIE  AIRE (analyse intégrative Rêve Eveillé :

Soins en profondeur de “l’enfant intérieur privé d’amour-de sécurité”-

 

Cependant, si on peut agir rapidement au niveau d’un changement de positionnement plus adulte, plus autonome par rapport au partenaire, il va être nécessaire d’inscrire en profondeur un changement qui vise à guérir « l’enfant intérieur privé d’amour, de sécurité ». On a parlé précédemment du déni-autodestructeur en partie inconscient.

 

Compte tenu du langage de l’enfant, basé sur l’image et les sensations, est vivement conseillé une thérapie rêve éveillé (RE) visant à dénouer plus en profondeur toutes les problématiques du passé encore à l’œuvre dans la vie actuelle.

Comme des soins en profondeur auxquels l’enfant que l’on a été, n’a pas eu accès pour différentes raisons.

Par nécessité de survie, parfois, l’enfant  a du faire des choix de comportements, attitudes qui se perpétuent dans sa vie d’adulte.

 

Par un travail symbolique, une véritable Intimité à Soi se développe et l’individu découvre ses véritables capacités d’Autonomie.

La finalité pourrait être celle de voir et d’accepter son partenaire tel qu’il est vraiment, de développer ses aptitudes à parler et agir de façon aimante, ses aptitudes à se laisser aimer, à créer équilibre et réciprocité et enfin de d’avoir le courage de courir des risques au nom de l’Amour.

 

Carl Rogers déclarait, lors de son 70 ème anniversaire, qu’en ce qui concernait sa croissance personnelle : sa tâche primordiale consistait à augmenter sa capacité d’accepter les personnes de sa vie telles qu’elles étaient et que plus il y arrivait, plus sa vie devenait intéressante et passionnante.

 

Attention, quand même à ne pas cultiver ces concepts d’Amour Inconditionnel pour se justifier de maintenir une relation nuisible.

 

Mais ne peut-on faire un lien entre

cette reconstruction amoureuse avec soi-même que constitue la thérapie

et les capacités à Aimer dans une Vraie relation amoureuse ?

 

 

 

13/12/04