Alors que la souffrance sociale, affective, psychosomatique ou mentale, ainsi que la vulgarisation médiatique de la « culture psy », amènent toujours plus de personnes à consulter un psychothérapeute, le monde des « soigneurs de l’esprit » ne cesse de se diviser et traverse lui-même une profonde « crise d’identité » ! Des conceptions de plus en plus divergentes de ce qu’est une intervention pertinente et, plus fondamentalement en filigrane, des théories qui les sous-tendent, le font se déchirer. Au cœur de cette déchirure, réside, me semble-t-il, une question essentielle : qu’est-ce qu’un être humain ? De quoi est-il constitué qui détermine sa nature, son « identité humaine » ? Il me paraît en effet difficile de trancher sur la pertinence de telle ou telle pratique si l’on n’a pas tenté d’abord de répondre à cette question… tout en confrontant la réponse à l’épreuve des faits. D’une psychologie et d’une vision tronquées de la « personne humaine » ne peuvent en effet découler que des thérapies réductrices, à l’efficacité par conséquent limitée. Ainsi, à l’heure où le « mieux-être » et « être soi » deviennent de plus en plus un enjeu majeur des psychothérapies-développement personnel mais aussi de société, quel est donc ce « soi » dont on parle ? Se réduit-il à notre « personnage » habituel, notre « Moi-ego », qui joue, parfois à merveille mais trop souvent jusqu’à s’y perdre, son rôle « en société » ?…Ou bien est-il une « vraie personne » mue vers l’accomplissement de sa propre « légende » par un « créateur-réalisateur » de génie, le Soi ? Tendre vers la pleine réalisation de nous-même peut-il se faire sans un cheminement du soi au Soi ? Si tel n’est pas le cas, comment dès lors ne pas rester « prisonnier » de notre identité habituelle largement « héritée », mais tendre toujours plus vers notre ultime identité ? Comment passer en d’autres termes, d’un « Moi-soi », « personnage » largement fragmenté et factice, à un « Moi-soi » de plus en plus authentique, unifié, solide et autonome, « vraie personne » toujours plus sous la « guidance » du Soi ? Au-delà de la « guerre des psys », quel accompagnement thérapeutique (et/ou plus largement, de développement personnel) alors proposer pour favoriser pleinement la « croissance des patients » et être à la hauteur de cet enjeu ? Autrement dit, comment un « psy » peut-il aujourd’hui se situer véritablement au service du patient, tant pour l’aider à sortir le plus rapidement possible des difficultés immédiates, voire de la détresse, de son Moi, que pour lui proposer une démarche à l’efficacité durable car suffisamment profonde pour en atteindre les racines inconscientes et ouvrir ainsi largement la voie à la guidance restauratrice et réalisatrice du Soi ? I- « soi» ou « Soi » : une question d’identité « Qui suis-je ? » ou une « carte d’identité » schématique de la personne humaine : L’identité, notre identité personnelle, celle qui répond à la question « qui suis-je ? », peut paraître d’un abord simple : je suis caractérisé par un prénom, un nom, un sexe, par tels traits physiques, tel âge, tel métier et statut social , telle origine et situation de famille…en bref, par tout ce qui se rapporte à mon identité « observable », objective, « matérielle », corporelle, élargie à mon identité sociale, voire à mes possessions (diplôme, revenu, biens matériels…). Pourtant, au-delà de cette première impression de simplicité, c’est la complexité de qui nous sommes qui apparaît. Car il est déjà un peu plus difficile de répondre à cette question quand je commence à décrire mes traits de caractères, « qualités » et « défauts », mes valeurs, mes croyances, mes capacités et limites… : ceux-ci renvoient en effet à une identité « subjective et psychologique » beaucoup plus diffuse, mouvante, voire « arbitraire » puisqu’ étroitement liée à la perception (toute relative) que j’ai de moi-même mais aussi à celle que les autres ont de moi (non moins relative, chacun ayant tendance à juger autrui au travers de ses propres « lunettes » teintées de ses propres couleurs !). Cette perception est elle-même étroitement liée à mes expériences de référence à propos de moi-même ou à celles que les autres ont partagées avec moi et qui leur a permis d’ élaborer leur point de vue sur moi : tout ceci étant le creuset de l’estime de soi, de la confiance en soi, de la conscience de soi… Cela devient plus difficile encore lorsqu’il s’agit de démêler le « vrai » ( nous-même) du « faux », tellement nous sommes habitués à porter des masques, à enfouir des pans entiers de nous-mêmes mais aussi à développer tout un arsenal de défenses (plus ou moins conscient) face aux autres, le plus souvent pour mériter sinon leur amour tout au moins leur reconnaissance, et nous intégrer à notre environnement affectif et social. Ces masques-défenses bien souvent nous « collent tellement à la peau » qu’on ne se rend même plus compte de leur présence ! En outre, l’on croit souvent parler en notre nom alors que fréquemment c’est la « voix de quelqu’un d’autre » (parents, personnes de notre entourage, immédiat ou plus lointain…) , « installée » en nous et provisoirement « aux commandes », qui s’exprime à travers nous. D’où la question, certes salutaire mais à vous donner le vertige à chaque fois que vous prononcez un mot : « Qui parle ? ». Est-ce réellement nous-même ou ne faisons nous que répéter des discours maintes fois entendus et inconsciemment enregistrés comme étant notre propre point de vue ? Sur ces questions centrales : « qu’est-ce qu’un être humain ?», « de quoi est faite la " nature " humaine, la " personne humaine " ou l’ " identité humaine " ? », les théoriciens et praticiens des divers horizons (psychologie mais aussi sociologie, philosophie, anthropologie, autres sciences humaines mais aussi sciences naturelles …), ne nous ont guère aidés à y voir plus clair. Ils ont manifesté au cours du temps et manifestent encore des positions peu unifiées, complexes, parcellaires et souvent très divergentes, voire conflictuelles : centrage sur la dimension individuelle, subjective (dont représentations de soi, croyances sur soi…) et/ou interactionnelle, sociale ou culturelle, de l’être humain ; sur sa dimension matérielle, corporelle (dont émotionnelle) et biologique, et/ou bien psychologique et/ou spirituelle ; sur sa dimension consciente ou inconsciente, ou bien encore sur tels aspects-instances de son psychisme ou de son activité-comportement dans le monde… En ce qui me concerne, parmi les différentes théories qui ont pris position sur ces questions, au-delà de quelques références incontournables à S. FREUD, je rejoindrai en particulier tout au long de cet article les thèses de C.G JUNG (Psychothérapie analytique), de R. ASSAGIOLI (Psychosynthèse), d’A. MASLOW, C. ROGERS et de S. GROF, ( Thérapies humanistes et transpersonnelles). Car chacun d’entre eux a, à sa façon, cherché à comprendre et à prendre en compte l’être humain dans toutes ses dimensions, dans son identité globale, que ce soit dans ses travaux théoriques et empiriques mais aussi dans sa pratique thérapeutique quotidienne…n’hésitant pas à prendre des positions à contre-courant lorsque la rigueur mais l’ouverture de leurs recherches les amenaient au-delà de la pensée dominante. D’où leur place centrale dans ma réflexion. C’est ainsi qu’au-delà de la vision dualiste (corps-esprit) de l’être humain qui a dominé largement notre civilisation depuis DESCARTES, je privilégierai dans cet article une vision de la personne humaine largement inspirée des auteurs précédents. Je retiendrai ainsi pour la décrire le schéma suivant : -3 dimensions situées sur un continuum, c’est-à-dire sans séparation entre elles mais dans une continuité, une unité et donc une étroite interaction les unes par rapport aux autres : *la dimension du corps (dimension physique et génétique) ; *la dimension du psychisme, de l’esprit, du mental (dimension psychologique et intellectuelle, sorte de conscience-psychisme « inférieure ») ; *la dimension de l’ « âme » (dimension psychospirituelle, sorte de conscience-psychisme « supérieure ») … -3 « niveaux d’expression » psychiques : *Conscient : « lieu » contenant les éléments du monde intérieur et extérieur, accessibles à la conscience de veille ; *Pré-Conscient : lieu des éléments de nature semblable à ceux de la conscience de veille, mais provisoirement indisponibles à la conscience (« Inconscient moyen ») tout en lui restant directement accessibles. Zone intermédiaire de passage, d’assimilation et d’élaboration entre le Conscient et l’Inconscient ; *Inconscient : il concerne les éléments qui échappent à la conscience. Pour FREUD, l’inconscient était individuel et perçu comme essentiellement menaçant car reposant fondamentalement sur la dynamique de forces libidinales plutôt chaotiques (le « ça ») ainsi que sur le refoulement d’éléments traumatiques post-natals, pouvant à tout moment faire irruption dans le conscient et y produire des « désordres » ; l’attitude préconisée au Moi vis-à-vis de lui était dès lors une attitude défensive, c’est-à-dire destinée à bâtir des défenses pour le contenir et assurer l’auto-conservation, la sécurité et la survie de l’individu. La conception freudienne de l’inconscient était d’ordre purement psychologique et reposait sur une vision menaçante de celui-ci. Selon la Psychosynthèse d’ASSAGIOLI qui rejoint JUNG par bien des aspects, l’Inconscient est par contre beaucoup moins menaçant et recèle au contraire, une richesse insoupçonnée. Il est certes constitué tout d’abord de l’Inconscient inférieur qui renvoie globalement à l’Inconscient freudien : essentiellement instinctif, primitif ou pulsionnel, lieu du « refoulé émotionnel» post-natal (FREUD) et périnatal (GROF) ; chez Jung il englobe nos désirs, pulsions, traits de personnalité, contradictions refoulés … mais s’enrichit aussi de nos potentialités refoulées afin d’obéir aux demandes-exigences de notre milieu et être accepté, aimé, reconnu par lui… : ainsi est nourrie notre « Ombre ». L’Inconscient est également constitué de l’Inconscient supérieur, lieu des capacités psychiques supérieures et spirituelles de l’être humain, mais aussi d’archétypes, formes universelles et noyaux d’énergie psychique s’incarnant dans la réalité pour lui donner un sens : c’est le domaine du « Soi » et de l’Inconscient collectif pour Jung. Selon lui, l’Inconscient comporte en effet une dimension individuelle (reliée à l’individu, à ses capacités et à son histoire personnelles) et une dimension collective (rejoignant en cela une sorte de « psyché de masse » ou « Inconscient collectif » et transpersonnel auquel chaque individu est relié). Contrairement à FREUD, JUNG préconisait une attitude de collaboration entre le Moi conscient et l’inconscient. J’y reviendrai. Ces 3 niveaux, Conscient, Pré-conscient, Inconscient, « traversent » chacune des 3 dimensions évoquées précédemment, le corps, l’esprit ou l’âme pouvant chacun être en partie appréhendés à ces différents niveaux de conscience. -D’où 3 niveaux d’identité, également situés dans un continuum et indissolublement reliés : *Un 1er niveau d’identité : une « identité physique », liée à notre dimension physique et génétique ; * Un 2nd niveau d’identité : une « identité psychologique » individuelle : le « Moi » (ou « soi », ou « ego »), personnalité consciente, lié à notre dimension psychique, mentale et intellectuelle personnelle ; *Un 3ème niveau d’identité : une « identité psychospirituelle » : le « Soi », « noyau propre » de la « vraie personne » même si avec des racines transpersonnelles : centre d’identité le plus profond et « supérieur » (d’où une conscience supérieure), lié à notre dimension psychospirituelle mais « irriguant » toute les autres dimensions de la personne, source de sa croissance et du sens de sa vie. Bien sûr la personne humaine, de par sa richesse et sa complexité, échappe à ces schémas ; elle n’est en outre pas statique comme eux mais vivante, en évolution, en développement… Dans le même sens notamment que la « Psychosynthèse » et que sa notion d’ « énergie volitive », je partage l’hypothèse que ce qui anime chacun de nous est une énergie psychique, intelligente et initialement indifférenciée (ou « Conscience-énergie »), certes encore « mystérieuse » et controversée au sein de la science qui l’explore. Cette énergie circulerait et se matérialiserait avec une densité variable dans toutes les dimensions (corps, esprit et âme), tous les niveaux de conscience et d’expression de la personne, indissociables les uns des autres, chaque « étage » étant subordonné à l’étage supérieur qui l’intègre, un peu comme des « poupées gigognes ». C’est sur la base de cette « carte d’identité » schématique mais prenant en compte toutes les dimensions de la personne humaine et de son identité que je tenterai d’analyser les enjeux et la pertinence de telle ou telle approche et pratique psychothérapeutiques … D’une psychologie et d’une vision tronquées de la personne ne peuvent en effet découler que des thérapies réductrices, à l’efficacité par conséquent limitée. Afin de disposer des éléments nécessaires pour aborder cette question, il me paraît indispensable de m’ arrêter un moment sur ce « soi » dont on parle . Qui « se cache » derrière lui ? Est-ce notre « personnage » habituel, notre « Moi-ego », qu’il s’agira d’aider à « se remettre en selle » lorsqu’il « déraille » ?… Ou bien est-ce une « vraie personne » qu’il s’agira d’accompagner vers le plein accomplissement unique d’elle-même sous la conduite de son « créateur-réalisateur », le Soi ? Notre « soi », le « personnage » principal de notre « histoire de vie » : - Qu’est-ce que le « soi » ? (ou « Moi(-soi) », ou «(soi-)ego », dans cet article) Le « soi », c’est le « personnage », l’ « acteur » principal de notre histoire. C’est ce « nous-même » avec lequel nous sommes le plus en contact directement, notre personnalité consciente. A un 1er niveau « objectif », notre «Moi » c’est notre prénom et notre nom, notre âge, notre sexe, notre nationalité…élargis à notre statut social, nos rôles sociaux, notre état de santé, nos comportements affichés, nos compétences, nos activités, voire, pour certains d’entre nous, à nos possessions (diplôme, revenus, biens matériels…)… On peut considérer schématiquement que le « soi » recouvre nos 2 premiers niveaux d’identité : notre identité « physique » et notre identité « psychologique » : En ce qui concerne notre « identité physique », notre apparence et constitution corporelle, elle relève avant tout de la génétique et d’ un patrimoine « partagé » ! A ce niveau en effet, il semblerait que nous ne soyons pas particulièrement originaux et que nous ne disposions pas d’une identité véritablement propre puisque nous sommes composés pour moitié des chromosomes de notre père et pour moitié de ceux de notre mère : notre « programme » de développement biologique qui va étayer tout au long de notre vie la constitution de notre être n’a, en apparence du moins, rien de vraiment personnel … et pourtant la « combinaison finale », nos traits et notre constitution physiques, sont uniques. En ce qui concerne notre « identité psychologique » individuelle et le développement de notre psychisme et de notre personnalité, il en est largement de même : notre identité, nos traits de caractère, ce qui guide notre vie et nos actes (valeurs, croyances, questions identitaires, questions spirituelles, idéal…), au moins dans un 1er temps (plus ou moins long, voire définitif, selon les individus), sont largement issus de divers héritages, parentaux et de notre environnement proche. Cette « identité héritée », notre Moi, ce personnage très imprégné du milieu dans lequel il vit et des expériences qu’il y fait , laisse pourtant filtrer dès le départ une certaine originalité, même si parfois légère, issue de l’alchimie subtile entre ces héritages et la spécificité du bébé. A un niveau subjectif, notre « Moi-soi » renvoie également au rapport (valorisant ou non) que l’on entretient avec soi-même, au sentiment, à la vision de notre individualité, de notre valeur et de notre singularité-originalité mais aussi de notre continuité et d’une certaine cohérence de notre être, de nos attitudes et comportements dans le temps. Le Moi est donc ainsi également une représentation-organisation unitaire, plus ou moins consciente, que chacun se fait de lui-même, soutenue (ou non) par ses propres expériences et par le regard des autres (cf. Moi social…): il est ainsi une sorte de « patchwork » de traits de caractère plus ou moins unifiés. L’importance du regard des autres à ce niveau (attente fondamentale d’un regard positif des autres sur soi comme confirmation de soi nécessaire pour maintenir notre identité) comporte un risque important d’aliénation à ce regard, risque de jouer constamment un rôle sur le « théâtre » permanent de sa vie afin d’obtenir sans cesse des signes de reconnaissance. Le Moi est aussi cette « coque » (« coquille ») qui établit une frontière protectrice pour la construction de notre identité à condition de ne pas y rester enfermé : il est une enveloppe narcissique indispensable pour créer un « sentiment » de sécurité et de bien-être de base nécessaire au bon développement de notre appareil psychique et de notre identité (cf. D. ANZIEU : « Le Moi-Peau ») : c’est lui qui gère notre vie interne (« contrôle » des sens, de l’intellect, des émotions…) et notre adaptation au monde (choix, stratégies…). -Une personne sous la conduite du « soi » Ainsi, comme le résume Jean MONBOURQUETTE une personne essentiellement sous la conduite du « soi-ego » se caractérise principalement par : une attitude « active » face à la vie ; la poursuite de buts liés à la compétition, la compétence, la maîtrise de soi et de son entourage en comptant sur ses efforts volontaires, son audace et sa persévérance ; des motivations liées à la survie, à la peur de manquer de quelque chose et à la rétention de ses acquis ; une utilisation de son intelligence et de ses habiletés d’une façon pratique ; un ancrage dans une histoire personnelle, chronologique et géographique ; le port d’un masque social et la comparaison avec les autres ; un tiraillement (voire un déchirement) entre des tendances contraires et une angoisse à la pensée de mourir … On pourrait ajouter, en s’ appuyant sur la pyramide des besoins élaborée par MASLOW, que le soi cherche essentiellement à satisfaire ses besoins « de base » et « médians » : besoins physiologiques, besoins de sécurité, besoins d’amour-appartenance et besoin d’estime. Comme nous le verrons plus loin, le besoin d’accomplissement de « soi » se réfère plutôt à un besoin supérieur relevant du Soi. - Aux origines de « soi » Lorsque l’on observe la Nature, on se rend bien compte que la Vie est un processus naturel de changement et de croissance perpétuels, largement mystérieux en son essence, et dont nous faisons partie à part entière même si nous avons tendance à l’oublier. Ceci est particulièrement net d’un point de vue biologique : nous ne sommes pas pour grand chose ni dans les traits physiques que nous avons, ni dans notre constitution corporelle, ni enfin dans la transformation du « beau bébé » que nous sommes en cet enfant puis cet adulte, souvent si incroyablement différents. Notre rôle (et celui de notre entourage) se limite, tout en étant primordial, à celui du jardinier qui avec attention, veille sur le bon développement des fleurs ou des arbres qu’il a plantés en leur offrant les conditions les meilleurs possibles pour ce faire. Mais le jardinier n’est qu’un « accompagnateur », essentiellement réceptif même si actif, de la Vie qui suit son chemin et produit le miracle de transformation extraordinaire de la graine en magnifique fleur, du gland en chêne puissant…comme le dit l’adage : « ce n’est pas en tirant sur les fleurs qu’on les fait pousser » ! Qu’en est-il au niveau psychologique ? Le processus de croissance de notre identité psychologique « s’inspire » du processus biologique et est d’ailleurs largement « étayé » sur lui et sa dynamique pulsionnelle, si l’on en croit les psychanalystes. Mais il semble plus complexe et, en quelque sorte, laisse une part plus large au « jardinier », tant extérieur (notre entourage) qu’ intérieur (rapport de nous-même à nous-même). Notre croissance psychologique et personnelle oscille en effet tout au long de notre vie entre similitude (héritage et identification, ou « dis-moi à qui tu t’identifies et je te dirai qui tu es ! ») et différence (individuation et originalité propre). Selon la vision psychanalytique élargie notamment à celle de S. GROF, l’identité personnelle résulte d’une croissance lente et progressive, véritable construction dont les fondations se situent avant même la naissance et dans les toutes 1ères années de la vie. Avant la naissance, l’enfant existe au moins déjà dans l’imaginaire et le discours de ses parents (contours plus ou moins précis quant au sexe, au prénom choisi ; enfant désiré ou non ; anticipations et projets autour de lui…). Durant la phase de grossesse, la naissance et le tout début de sa vie , le bébé puis le jeune enfant va devoir traverser différentes expériences et phases-frontières pour structurer son identité car la « conscience de soi », le « sentiment d’identité » n’existe pas d’emblée chez le nourrisson : traces archaïques avant l’accouchement, traumatisme de la naissance, phase dépressive, Œdipe, école, vie sociale…chaque étape marque le passage d’une frontière indispensable à intégrer pour un développement sain : accepter de passer du 0 (« Sentiment océanique » de fusion « illimitée » avec tout) au 1 (« soi limité ») puis au 2 (enfant-mère), puis au 3 (enfant-mère-père) puis au plusieurs (« vie sociale »…) sur fond d’angoisses diverses à surmonter, d’apprentissage et d’acceptation de sa vulnérabilité, de ses limites, de ne pas être le centre du monde et de la réalité… C’est le prix de la construction d’un Moi solide et stable, ainsi que d’un rapport sain à soi-même, aux autres et au monde. Sinon se développe une personnalité plus ou moins « pathologique ». La qualité de nos interactions-relations précoces avec notre entourage et, en particulier, celle de la relation affective entre la mère et le nourrisson, est primordiale dans ce processus de construction d’une conscience de soi et d’une identité stables. Naturel mais aussi largement imposé, le processus d’identification (à ses parents puis en grandissant à son environnement proche et de plus en plus élargi) est aussi un mécanisme central de la dynamique et de la construction de notre identité : en effet, dès le départ dans notre famille, nous allons « absorber » sans « filtre », plus ou moins consciemment et plus ou moins volontairement, ce que nous voyons et ce que nous entendons, notamment nous concernant (« c’est un gros pépère ! », « quel beau bébé ! », « c’est tout le portrait de son père ! », « c’est déjà un p’tit bout de femme ! », « il ira loin ! », « Qu’elle est maladroite ! »…) mais aussi concernant les normes, modèles, croyances, valeurs…auxquels nous conformer. Nous ne nous rendons pas compte alors que ce discours anticipe et oriente la formation de notre identité en nous assignant une place dans la famille, en projetant une image supposée de notre avenir…qui sera parfois lourd à porter avant même d’avoir été vécu ! Notre identité est ainsi (au moins dans un 1er temps de vie) essentiellement un produit-conditionnement familial, culturel et social qui nous aide à nous orienter dans la vie. Nous avons d’ailleurs souvent différentes identités selon les contextes dans lesquels nous nous trouvons. Lorsque nous nous reconnaissons une identité, c’est en effet souvent en adoptant largement le point de vue des autres, de notre(nos) groupe(s) d’appartenance, des personnes avec lesquelles nous sommes en relation quotidiennement… ou en portant des « masques » pour ne pas décevoir, pouvoir être reconnu et s’intégrer socialement. Autrui (famille, proches, amis, collaborateurs…) est en effet aux différentes étapes de notre vie, une sorte de miroir dont chacun a besoin pour se reconnaître lui-même, se construire et maintenir sa propre identité (importance du regard positif sur soi et de l’écoute attentive de l’autre). Cela va jouer un rôle essentiel de creuset de notre identité, capital pour tout le reste de notre vie : devenus adultes, nous serons ainsi amenés à reproduire dans d’autres contextes, sans forcément nous en rendre compte, ce que nous aurons « absorbés » étant enfants…d’où une originalité limitée du Moi (personnage-masque-façade artificiels) jusqu’à ce que peut-être un jour, « chemin faisant », nous cherchions à gagner en authenticité, force et autonomie, et renoncions par exemple à exercer le métier de « maman » ou à chercher un partenaire ressemblant à « papa » ! … pour trouver la voie professionnelle ou affective qui nous correspond vraiment !… mais cela arrivera parfois bien tard (voire peut-être jamais !) et le plus souvent au prix d’un travail sur soi important… Ceci nous renvoie à l’ambiguïté de la dynamique identitaire : durant toute notre vie, notre identité oscille entre la similitude (identification à autrui pour participer au jeu social, être accepté et aimé) et la différence (individuation qui tend à manifester ce qui fait de nous un être unique ) ; elle se construit dans un double mouvement d’assimilation, d’identification aux autres et de différenciation, distinction par rapport à eux. Peut se développer ainsi une tension entre le moi social sain (adaptation constructive à l’environnement) et le « faux Self » (cf. WINNICOTT), façade trop accommodante, voire manipulatrice, adaptation malsaine et aliénante, développées par l’enfant pour survivre, être accepté et aimé par son entourage. D’où la difficulté d’ « être soi » au-delà de ce que nous manifestons automatiquement « à l’extérieur » et en prenant le risque de révéler ce que nous cachons ou ce qui se cache, plus ou moins consciemment, dans nos profondeurs, derrière nos « masques » : notre être authentique, notre « Soi ». Mais qu’entend-on par là ? Le « Soi », « créateur », « boussole » et « réalisateur » de notre vie : Il existe de nombreuses conceptions du « Soi » et utilisations de ce terme en psychologie, mais avec des significations très différentes. En ce qui me concerne, je m’ inspirerai là aussi des conceptions de JUNG et d’ ASSAGIOLI, en particulier, mais aussi de MASLOW, ROGERS et de GROF. -Qu’est-ce que le « Soi » ? Si je reprends mon image selon laquelle notre « soi » est le « personnage », l’ « acteur » principal de notre histoire, ce « nous-même » avec lequel nous sommes le plus en contact directement, notre personnalité consciente avec laquelle nous avançons sur le « grand théâtre » et parmi les autres « acteurs » de notre existence, on pourrait comparer le « Soi » à un « créateur-réalisateur » de génie qui, « dans les coulisses » de notre vie, anime, inspire et guide le soi vers son expression la plus authentique, celle de sa « vraie personne » accomplissant sa propre « légende ». Invisible certes mais « jouant » le rôle le plus influent, fondamental et essentiel puisque c’est en lui que, sans le savoir, le soi puise l’énergie et le « contenu » de sa croissance ! L’instance du Soi a été mise à jour par JUNG suite à de nombreux travaux de recherche, qu’elle soit intérieure, empirique (en tant que praticien) mais aussi transdisciplinaire ou transculturelle. Le Soi représente le 3ème niveau d’identité que j’ai évoqué précédemment : notre « identité psychospirituelle », largement « oubliée » car discréditée par la psychologie scientifique et les sciences devenues matérialistes (j’ y reviendrai plus loin) . C’est le « noyau propre » et central de notre être, que les « penseurs » et humanistes d’avant DESCARTES appelaient notre « âme », en référence à une dimension divine et transcendante en nous. Le terme d’âme étant trop religieusement connoté et faisant trop écho à une conception surnaturelle de la « divinité », je lui préfère le terme de Soi : en effet, les recherches scientifiques rigoureuses, empiriques et théoriques, mais aussi la pratique clinique, non seulement de JUNG, mais aussi plus largement de MASLOW et de GROF (notamment), ont largement légitimé ce terme et les expériences-phénomènes psychospirituels qu’il recouvre en réintroduisant la dimension spirituelle au cœur même de la nature humaine et en montrant qu’elle est une dimension naturelle de l’être humain. A condition d’une certaine ouverture d’esprit car située largement au-delà de toute preuve scientifique absolue, la dimension de l’ « âme » peut ainsi désormais être prise en compte dans un questionnement scientifique et psychologique…et donc dans un questionnement sur la pertinence des démarches thérapeutiques et de développement personnel. L’ « instance » du « Soi » , centre profond de notre identité tout en l’englobant, nous renvoie au sens fondamental de chaque vie humaine ainsi qu’au mystère de la Vie et de son essence. Sa présence est subtile et diffuse et ne se laisse saisir qu’indirectement. Tout comme l’ADN détermine notre patrimoine et notre développement biologiques, tout se passe comme si le Soi était une « sorte d’ ADN psychospirituel » (MONBOURQUETTE), d’archétype ou de « schéma-programme » primitif de notre développement psychospirituel spécifique et optimal, celui de notre « identité potentielle personnelle » (tout comme le gland devient un chêne et pas un sapin ou une fleur), nous reliant en même temps au reste de l’humanité et du monde (via l’« inconscient collectif »). Il serait une sorte de noyau d’énergie « psychique-spirituelle » (cf. la « Conscience-énergie » évoquée précédemment), organisant et synthétisant l’humanité, la vie psychique de chaque individu et la Vie dans son ensemble, en leur donnant un sens, une finalité…tout en nous servant de boussole. Comme l’écrit Jean-Marc HENRIOT, s’inspirant de la vision jungienne et d’ASSAGIOLI, c’est « une partie de nous-même (…) porteuse d’un projet (spécifique) de réalisation (à atteindre), d’une vision quant à notre vie, d’un cap de navigation, d’un axe qui est le nôtre et que nous pouvons suivre si nous sommes attentifs à (cette) boussole dont nous sommes porteurs (…). » Selon l’image empruntée à J.M HENRIOT, « ce centre, cette partie « sage » (en nous) est (un peu comme le pilote d’un avion) à la fois capable de faire la synthèse de la situation dans laquelle nous sommes, et prête à nous indiquer (à notre Moi, passager de l’avion avec ses différentes « sous-personnalités ) le meilleur cap à suivre à ce moment là, au travers (des) divers éléments (...) ». Véritable boussole et force de synthèse, intemporel et « androgyne », le « Soi » recouvre ainsi un champ beaucoup plus vaste que le « soi-Moi » conscient qu’il a créé, qu’il englobe et dont il dirige l’évolution : - il intègre, organise, harmonise, équilibre tous les aspects de nous-mêmes, y compris conscients et inconscients, aspects opposés de notre personnalité…Au-delà de toutes les représentations que nous avons de nous-mêmes, il nous aide ainsi à tendre vers notre unité; - il imprègne toutes les dimensions humaines : corporelle, psychologique-mentale et spirituelle, puisqu’il contrôle tout notre développement et évolution personnelle à ces différents niveaux. Il permet ainsi le « dépassement » du dualisme cartésien où corps et esprit pensant sont des substances distinctes, juxtaposées et non interpénétrées - il est en lien avec le monde environnant et gère-« organise »-unifie toutes les interactions avec lui (cf. synchronicités ou coïncidences opportunes et signifiantes entre notre état intérieur et le monde extérieur mais sans lien logique: par exemple, je me mets à penser à quelqu’un que j’ai perdu de vu depuis des années et je reçois à la même période un courrier de cette personne). - il est notre identité propre, « qui nous sommes vraiment », une conscience « supérieure » qui œuvre pour notre plus grande réalisation-individuation et unification : il nous insuffle un désir et une liberté d’être dans toute notre intégrité et notre profondeur, spécifiques à chaque personne. Notre vie intérieure et psychique ne se résume plus dès lors à une simple activité psychologique mais à une « spiritualité du Soi » (J. MONBOURQUETTE). Devient ainsi possible dans un même individu, l’articulation de la croissance psychologique du soi et l’épanouissement spirituel du Soi, l’un ne pouvant aller sans l’autre sous peine d’amputer la personne d’une partie essentielle de son être. J’ y reviendrai. -Une personne sous la guidance du « Soi » Ainsi, comme l’a montré J. MONBOURQUETTE, une personne essentiellement sous la guidance du Soi se caractérise principalement par : une attitude « réceptive » face à la vie ; un accueil de l’éveil spirituel et des « expériences-sommets » ainsi qu’une « ouverture à l’abondance de la création » ; une recherche de détachement, de paix et d’harmonie intérieures ainsi qu’un rayonnement liés à elles, à sa qualité d’amour et de sagesse, à l’accomplissement de sa « mission » ; son expression par des symboles et des mythes universels et intemporels ; son abandon à une « Intelligence divine-Providence » et à la « grâce » à chaque instant ; sa réceptivité à l’Univers ainsi que sa présence aux autres dans une recherche de collaboration et de solidarité; une attitude sereine et confiante face à la mort… On pourrait ajouter, en nous appuyant sur la pyramide des besoins élaborée par MASLOW, qu’ une personne essentiellement sous la guidance du Soi est profondément animée et motivée par le besoin « supérieur » d’accomplissement de « soi », au sens psychospirituel du terme (on devrait d’ailleurs plutôt dire d’accomplissement du Soi, notre identité supérieure profonde), c’est-à-dire de développement et d’actualisation de ses pleines capacités et potentialités et, de fait, d’atteinte d’une plénitude. Comme le souligne MASLOW, « (…) s’il veut trouver le bonheur (…) un homme doit être ce qu’il peut être (…) tout ce qu’(il) est capable d’être (c’est-à-dire ce pour quoi il est naturellement doué). La forme que prendra ce besoin variera considérablement d’une personne à l’autre (…) » : cela pourra consister à développer pleinement ses capacités à être une bonne mère, ou bien ses talents pour la recherche ou la gestion de projet, ou bien encore ses qualités d’écriture, sportives ou artistiques... Nous touchons ici aux « motivations les plus profondes de l’Homme. (Car) nous interroger sur ce que l’Homme attend de la vie, c’est toucher à son essence même » (MASLOW). En fait, pour bien comprendre ce qui va suivre, il s’agira de bien garder à l’esprit que, dans la vision des choses dont je m’inspire, le Moi (soi) et le Soi ne sont pas véritablement des entités à part entière, séparées l’une de l’autre, mais des « positions », des « niveaux » différents d’expansion de la conscience, dans la continuité l’un de l’autre, du plus « identifié » (« confondu-cristallisé-agrippé-collé » !) à soi (son physique, ses traits de personnalité, ses masques, croyances, statut, possessions…) et aux « choses » du monde (niveau de conscience du Moi), au moins identifié à tout cela (niveau de conscience du Soi). Cette « reliance » entre le soi et le Soi est bien illustrée par ce qui peut se produire lorsque nous contemplons par exemple un magnifique paysage : nous sommes là, bien ancrés dans notre « Moi », dans nos sens, attentifs à la beauté du spectacle autour de nous, quand tout à coup, surgit en nous une intense émotion, un sentiment de communion intime, non seulement avec tout notre être, au-delà des masques et des faux-semblants, mais aussi avec la globalité du monde qui nous entoure…Comme si une connexion profonde et tous azimuts venait de s’établir entre nous et nous-mêmes, et entre nous et le monde extérieur. Nous n’avons pas bougé de place, nous n’avons rien « fait », nous ne sommes pas devenu réellement autre…et pourtant nous voilà différent… Nous voilà passés pour un bref instant « du soi au Soi » ; tout en restant « les pieds sur Terre », nous avons « la tête dans les étoiles » ! Cette précision est essentielle afin d’envisager les conditions de passage et de « libre circulation » du soi au Soi (et réciproquement) pour un plein accomplissement de la personne, but ultime des thérapies et démarches de développement personnel que nous appelons de nos vœux. Ce sont ces conditions que je vais examiner maintenant car le risque n’est-il pas grand pour chacun d’entre nous de rester « enfermé », « coincé » dans l’un ou dans l’autre de ces niveaux d’identité ? II- Le passage du « soi» au « Soi » : clé de l’accomplissement personnel et d’une fructueuse participation à l’ « aventure humaine » ? Les 2 grands niveaux de croissance personnelle : En dehors de la croissance de notre identité physique-biologique (notre 1er « niveau d’identité ») largement déterminée par notre patrimoine génétique mais dont nous avons à prendre soin en « jardiniers attentifs » de nous-même, nous devons également favoriser le sain développement de nos 2 autres « niveaux d’identité », si nous voulons être pleinement « en bonne santé » : -L’un concerne la croissance psychologique de notre Moi-soi (notre ego-personnalité), individuellement et en société : Dans l’« idéal », le rôle des parents serait d’être comme ce jardinier évoqué précédemment, créant les conditions favorables d’une « floraison » dont l’essence leur échappe mais au service de laquelle ils sont : sincèrement attentifs et bienveillants « à ce qui pousse » chez l’enfant, à ce qui se révèle et émerge de sa personnalité, renonçant donc à tout accaparement de l’enfant, à toute identification à lui aliénante pour lui car tentant de le façonner à leur convenance, « suffisamment bons » car affectivement nourriciers et à l’écoute de ses besoins, c’est-à-dire soutenant et aimant l’enfant tel qu’il est dans sa globalité et non pour eux… tout en étant également fermes et structurants… Toutes ces conditions favorables créées par les parents pour que leur enfant se développe pleinement permettront à celui-ci de trouver progressivement le chemin de son autonomie affective, de sa force et de son identité potentielle propre, ainsi que de sa capacité à aimer et à s’engager positivement au sein de la société… en d’autres termes, il pourra devenir, une fois adulte , « jardinier de lui-même » … Malheureusement, l’ « environnement » et le « terreau » dont bénéficient la plupart d’entre nous sont souvent insuffisamment « nourriciers » et « fertiles » (carences, défaillances parentales précoces et/ou mauvais positionnement, non reconnaissance du « désir d’être » de l’enfant ,…) pour permettre un développement sain et optimal de notre identité propre. Parmi les « obstacles » qui risqueront ainsi de se dresser sur la route de notre saine croissance : -passage plus ou moins problématique (voire traumatisant) des « frontières » et étapes de notre développement évoquées précédemment (d’où un blocage de notre développement, possible à différents niveaux) ; -empreintes extrêmement profondes de nos 1ers liens d’identification et des croyances, programmes, injonctions (« tu devrais… », « Ne fais pas ceci… ! », « sois forte ! », « n’existe pas ! » , « Fais plaisir ! », « ne sens pas ! », « ne grandis pas ! »…), attributions (« tu es…vraiment un bon à rien, … dégoûtante…une grosse vache…complètement stupide ! ») qui en découlent et qu’Eric BERNE, le fondateur de l’Analyse Transactionnelle, a largement mis en évidence : enfants, nous avons en effet « baigné » dedans et les avons « absorbés » plus ou moins consciemment, sans possibilité de recul. Ils peuvent constituer des entraves fortes à notre pleine croissance en fonctionnant plus ou moins insidieusement comme des interdits d’agir ou d’être tel qu’on est, nous amenant à des décisions personnelles précoces et fâcheuses quant au « scénario de vie » (BERNE) que nous allons suivre fidèlement tout au long de notre existence, sans nous poser de questions. A moins le plus souvent d’une crise majeure et/ou d’une décision personnelle de « redécider » de sa vie, nous allons être comme « sous influence » d’une force psychologique plus forte que nous et qui nous poussera vers un destin factice qui n’est pas le nôtre … Tout cela contribuera à donner naissance à une personnalité plus ou moins saine (ou plus ou moins pathologique, comme on voudra !). Bien souvent, nous serons amené très tôt à nous construire une fausse personnalité, un « faux Self » (WINNICOTT) omniprésent, nourri la plupart du temps d’une mauvaise estime de soi : nous chercheront ainsi essentiellement à être conforme (port de « masques », identifications valorisantes, multiples et morcelantes) et/ou à « avoir » (certains objets, des bonnes notes… puis plus tard du prestige, un statut social, une belle maison, une belle voiture, une « belle » femme / un « beau » mari, de « beaux » enfants…) dans le but essentiel d’être reconnu et de nous sentir exister : ces désirs substitutifs, malgré des bénéfices apparents à court terme (réussite et/ou sécurité…), nous interdiront progressivement l’accès à notre désir d’être, force et source de notre vie intérieure, tout en développant un rapport à soi, aux autres et à la réalité complètement faussé. Ainsi en était-il de cette patiente de 50 ans venue en thérapie après une vie de « facilité » (« beau couple » apparemment heureux, « beaux » enfants, aisance financière…) mais rongée par un malaise croissant et diffus, une profonde dévalorisation d’elle-même, ainsi que des symptômes de plus en plus gênants (pertes de la mémoire des mots la mettant dans l’ impossibilité de s’exprimer, symptômes dépressifs…). Toutes ces manifestations étaient affolantes et incompréhensibles pour elle qui avait enfoui « sans s’en rendre compte » des pans entiers de sa personnalité profonde et tout ce qui, dans sa vie et en elle, pouvait contrarier son entourage ; « fais plaisir » était devenu son mot d’ordre existentiel au prix d’un sacrifice d’elle-même, de ses propres besoin et élans. N’arrivant plus à faire taire ses « symptômes » et à continuer à faire semblant que tout allait bien pour elle, ne parvenant plus à se cacher derrière le masque d’une identité idéale mais largement superficielle qu’elle s’était construite précocement, entreprendre une thérapie fut la « bouée de sauvetage » que son « faux Self » lança à sa « vraie personne »…ou l’inverse ! En dehors même des problèmes de nature plus ou moins « pathologique », le mouvement de croissance identitaire est fait de crises et de ruptures, véritables périodes de mutation de notre identité personnelle tout au long de notre vie (cf. la crise d’adolescence, mais aussi la « crise de la quarantaine », la crise du « 3ème âge » ….). Avec l’accession à l’âge adulte, notre identité n’entre pas, contrairement à ce qu’on pourrait croire, dans une phase de « repos » où nous pourrions « nous reposer sur nos lauriers » ! La plupart du temps, la vie adulte n’est pas pour notre identité une simple variation sur les thèmes de l’enfance et de l’adolescence mais bien la continuité d’un processus de croissance-transformation personnelle souvent amplifié par des événements marquants de la vie (choix d’une profession, réussite socio-économique (statut social) ou non, chômage ; mariage ou célibat plus ou moins choisi ; maternité-paternité ; maladie; modification de nos rôles et engagements sociaux ; deuil, séparation…; faire une psychanalyse…). Ceux-ci peuvent susciter chez nous une véritable crise d’identité, c’est-à-dire un bouleversement total de nos repères identitaires (corporel, sexuel, sociaux, affectifs…), de notre perception de nous-même (on ne sait plus où on en est, qui on est, à qui/à quel groupe se référer…) et de notre avenir, ainsi que la rupture d’un équilibre dynamique … Le défi à relever semble alors de saisir cette « opportunité » souvent cachée sous une épreuve pour ne pas nous contenter de « réaménagements superficiels » de nous-même mais tenter d’ « être soi » de plus en plus : il s’agira ainsi de tendre vers une force, une autonomie, une authenticité croissantes, en quittant petit à petit nos « masques protecteurs » censés nous empêcher de souffrir et en nous détachant progressivement de notre « identité héritée » qui nous imprègne et dont nous passons une grande partie de notre temps à satisfaire les exigences. Cette démarche n’est cependant pas un « long fleuve tranquille » ! La plupart du temps, la prise de conscience et le développement de notre identité personnelle ne se feront en effet que par une lente différenciation et non sans mal. Lorsque l’on sait comment se structure notre identité, on se rend compte à quel point il s’agit bien plus de « devenir » soi-même que de l’ « être » d’emblée. Ainsi, même si l’on considère comme NIETZSCHE que sur le chemin de notre maturation, le but ultime est le « deviens ce que tu es !... » ou comme Carl ROGERS que : « le but de l’évolution personnelle est d’être de plus en plus soi-même dans n’importe quelle situation, au lieu de jouer un rôle (…). C’est en évoluant en tant que personne qu’on laisse tomber les masques (…) »… et que l’on cesse de répéter les scénarios qui se sont écrits presque sans nous… ceci est loin d’aller de « soi » ! Que nous développions un Moi sain et solide car plus authentique et plus autonome, dépendra ainsi la plupart du temps de notre capacité et de notre courage à accepter le défi et l’inconfort d’un « travail sur soi », sous quelque forme que ce soit, sorte de « conquête pacifique de nous-même », œuvre de lucidité, de bonne volonté et de persévérance, chemin de dépouillement (« peler l’oignon » en termes psycho-culinaire !) et de « déprogrammation ». Tout comme le « bon jardinier » laboure la terre, élague, arrache les mauvaises herbes, fertilise le sol… pour que le miracle de la floraison puisse advenir… notre soi devra nécessairement devenir le « jardinier de lui-même » afin de favoriser et d’ accompagner le processus de croissance naturelle bien souvent entravé par les multiples obstacles que je viens d’évoquer et qui menacent de le faire s’enliser dans de profondes « ornières ». Ce « travail » devra nous amener notamment à nous accepter totalement, à savoir nous affirmer, à cesser de reproduire le passé en acceptant de prendre des risques, des décisions pour nous engager dans de nouveaux scénarios de vie, à nous prendre en charge, à établir des relations plus vraies et à accepter la différence, à élargir notre conscience… En d’autres termes, il s’agira ici de traverser positivement et le plus sainement possible les étapes naturelles de la croissance identitaire en passant de la dépendance à la contre-dépendance, puis à l’indépendance et enfin à l’interdépendance. « Faire le tri » et nous dégager progressivement des multiples conditionnements qui pèsent sur nous (familiaux, sociaux, culturels…) et ne nous conviennent plus, mener notre vie de plus en plus selon nos inclinations les plus vraies et les plus profondes, devenir de plus en plus nous-même et tenter de réaliser « ce pour quoi l’on est fait », notre « raison d’être »…tel pourra être notre nouvel horizon ! Même si, par peur (et notamment par besoin de sécurité et de reconnaissance par les autres), nous avons souvent tendance à nous définir comme des entités fixes, contractées, voire rigides, à nous conditionner-enfermer dans des vies assez « étriquées » figeant notre personnalité, l’identité humaine (comme toute Vie) n’est que mouvement-transformation-création : elle n’est pas une « substance » statique, donnée dès le départ, une fois pour toute, et donc immuable ou ne traversant que des réaménagements superficiels. Elle est un processus, un mouvement, une dynamique perpétuelle de maturation profonde, un équilibre relatif, fait de force et de fragilité ; elle est sans cesse appelée à la remise en cause, à être réorganisée et enrichie par nos nouvelles expériences, afin que la « coque » de notre « faux soi » (« faux Self ») puisse « se fendre » pour que ce qui gît au plus profond de nous-même et constitue notre identité propre (notre « vrai Soi », notre « vrai Self ») puisse advenir à son plein épanouissement. -Notre ultime « niveau de croissance personnelle », celui du développement «psycho-spirituel » de notre identité supérieure et véritable, notre Soi Tout comme la larve se transforme en chenille qui plus tard fera place à une chrysalide s’ouvrant un jour sur l’envol d’un magnifique papillon, « raison d’être » de la larve initiale, toute vie humaine est un mouvement naturel qui nous pousse à élargir toujours plus notre conscience (de nous-même et du monde) au-delà d’une réalité « de façade » afin, un jour, de prendre notre « envol identitaire » vers notre vrai nous-même et une réelle plénitude : par des « mues psychiques » progressives, nous pouvons « nous débarrasser » de nos « vieilles peaux psychiques », références « héritées » sans conscience, pour laisser advenir sous l’influence du Soi et « irriguée » par lui, notre « vraie personne » qui donne son sens véritable à notre soi, en unifie les différents aspects et nous relie à la Vie tout entière . En effet , comme le montre JUNG, la croissance de notre personnalité consciente se fait à partir de l’inconscient (et non l’inverse) : c’est là que se trouve la source de notre élan vital, intarissable de créativité. Croître « à partir » de ce niveau d’identité, c’est chercher à se mettre dans la trajectoire de notre sens personnel spécifique (« mission ») et de notre identité réelle en la libérant des influences extérieures aliénantes et « morcelantes » : « devenir soi-même » tout en étant de plus en plus en communion avec la Vie est la finalité de notre développement psychique et de notre processus de maturation, tout comme, sur un plan biologique, le gland devient chêne…et pas autre chose. C’est le double processus paradoxal de l’ avènement du Soi décrit par JUNG : le processus d’individuation (libération et unification de notre être véritable enfoui, dans ce qu’il a de plus spécifique et d’original) doublé d’une expérience de communion profonde, de mise en lien avec l’Univers (en nous et à l’extérieur de nous), avec ce qui le « peuple » et avec l’Inconscient collectif . La vie intérieure et la croissance personnelle ne sont ainsi plus perçues comme une simple activité psychologique mais comme l’écrit MONBOURQUETTE une sorte de « spiritualité du Soi » permettant un épanouissement, une évolution optimale de la personne en orientant dans ce sens toute l’activité de l’ « ego-Moi » conscient en lien avec ce qui l’entoure. -Selon les individus, une croissance personnelle aux différents « visages » : Si notre croissance personnelle repose sur un processus naturel, elle fait néanmoins largement appel, comme je viens de l’évoquer, à notre désir-volonté personnel(le ) d’évolution pour en favoriser le cours. Ainsi, tous les individus n’évolueront pas, loin s’en faut, au cours de leur vie, dans le sens que je viens de décrire. C’est ainsi que bien souvent, par exemple, jusqu’à la « quarantaine » environ (mi-vie), nous remplissons plus ou moins consciemment le « sac à déchets » de notre Ombre avec tous les pans de nous-même inacceptables pour notre entourage. Notre vie est très fortement orientée par les valeurs héritées de notre histoire et de notre entourage, ainsi que par les expériences, positives ou non, que nous avons vécues . Notre « ego » fait de gros efforts pour construire une position assurant sa sécurité affective, sociale et financière, pour réussir et accroître son pouvoir, souvent même au détriment des autres (domination, contrôle…), pour rechercher le plaisir et sa satisfaction personnelle … : le processus de croissance personnelle est ici essentiellement égocentré. Certes nécessaire car il permet une certaine « consolidation » du Moi de la personne, il n’en est pas moins très réducteur de l’identité de celle-ci. C’est à ce moment là que surgit souvent une crise, communément appelée la « crise de ½ vie » : même en cas de « réussite » de la 1ère partie de sa vie, la personne ne se sentira pas comblée et ne verra plus de sens à sa vie ; elle pourra sinon ressentir une tension intérieure car elle sera comme « coincée » entre sa personnalité-façade sociale très sensible aux demandes extérieures, et son ombre manifestant ses besoins venus de l’intérieur (cf. notre exemple ci-dessus) ; un gros choc (séparation, maladie, deuil…) pourra aussi jouer le rôle de « détonateur »… Il sera essentiel pour la personne de savoir bien gérer cette crise (comme toute autre crise d’identité) en cherchant à unifier sa vie intérieure de façon créative, en lien avec sa profondeur et son identité propre (ombre-Soi), mais aussi en étant sainement ouverte sur les autres et le monde, plutôt qu’en renforçant « son personnage » et/ou en allant chercher des « solutions » purement extérieures : chirurgie esthétique, adultère, fuite en avant dans l’ambition, antidépresseurs… Cette étape constitue certes une phase de vulnérabilité mais elle est riche de nouvelles potentialités à ne pas gâcher. Bien souvent, lors d’une telle période, de nombreuses personnes entreprennent d’ailleurs un travail thérapeutique pour aller dans ce sens. Ainsi, selon les personnes, le processus de « croissance personnelle » aura un « visage » différent : - pour certaines, atteintes de pathologies plus ou moins graves, ou non ( « normosés ! » ou « trop normaux pour être vrais ! », par exemple), il ressemblera à l’addition successive de « différentes couches » et/ou à l’ aménagement superficiel d’eux-mêmes, voire même, à la reproduction à l’identique de certains comportements et scénarios tout au long de leur vie : il n’y aura pas dans ces cas de véritable croissance identitaire personnelle, pas de dépassement de leur « identité héritée ». Ces personnes seront comme un sac de graines oubliées qui, au mieux, germent mais n’adviendront jamais à leurs « fruits » ; - pour d’autres, engagés dans un réel cheminement de croissance personnelle, on assistera à des remaniements et des tentatives d’intégration plus ou moins profonds des différents aspects de leur personnalité et des nouveaux éléments de leur expérience pour aller de plus en plus vers un Moi-soi authentique, équilibré, harmonieux et autonome, impliqué en même temps dans sa « communauté ». Ces personnes pourront atteindre un certain degré de satisfaction dans ce sens et pourront s’en contenter ; - cependant, aussi satisfaisant puisse-t-il être pour nombre d’individus, le niveau de croissance précédent reste encore relativement superficiel et en deçà de la plénitude et du sentiment intense d’accomplissement de soi que permet un développement personnel relié à notre identité véritable , le Soi. Mais faire l’expérience profonde de notre identité globale « soi-Soi » et de cet état d’être qui en découle, implique un changement identitaire radical et bouleversant pour dissoudre nos entraves psychologiques. Il nécessite, comme nous allons le voir, d’accepter un total renversement de perspective à même de libérer progressivement le mouvement naturel de notre « être potentiel » et son élan spirituel créateur… Notre collaboration volontaire, collaboration du Moi (soi) et du Soi, est indispensable à ce stade de développement, pour notre transformation et croissance personnelle équilibrée … Comme le souligne en effet Jean MONBOURQUETTE[8] : « il ne s’agit ni de « (favoriser) l’évolution du Soi spirituel aux dépends de la croissance psychologique ni le contraire. (…) La maturité spirituelle exige un « je » (= soi) fort sur le plan psychologique et (…) la croissance psychologique de l’ego est tronquée si elle ne s’appuie pas sur le soin de l’âme (= du Soi) ou sur les ressources spirituelles ». Le travail intégrateur du Soi sur notre personnalité peut en effet s’avérer très inconfortable pour le Moi conscient : laisser travailler le Soi en nous et nous laisser travailler par lui, nécessite effectivement un « contenant psychique » stable et solide , sorte de « chaudron ultra-résistant » aux très hautes « températures énergétiques et émotionnelles » suscitées par nos conflits intérieurs et permettant de supporter en nous la tension des opposés avant que n’émerge la voie d’une synthèse alchimique et d’une « réponse juste » pour nous. Pourtant, cette « saine collaboration » du soi et du Soi est loin d’aller de soi ! Le renforcement du soi-ego (d’ordre psychologique et volontaire) et l’ouverture à l’influence du Soi (d’ordre spirituel et réceptif) par le dépassement du Moi, représentent en effet dans la vie d’une personne 2 mouvements différents de croissance identitaire et d’épanouissement personnel, au processus totalement inverse. D’où la difficulté… et la nécessité d’un « apprivoisement » réciproque du soi et du Soi, qui passe notamment par une bonne connaissance-perception, surtout intérieure, de leurs spécificités. Penchons maintenant notre attention sur ce point… De la croissance de « soi » à la guidance du « Soi » : pour un renversement de perspective et une « réconciliation » - « Croissance de soi » / « guidance du Soi » : 2 processus inverses Le 1er stade d’épanouissement personnel vise, nous l’avons vu, un renforcement de notre Moi et de l’estime de soi en vue d’ une saine et authentique solidité, autonomie et affirmation de soi. Il relève largement d’une démarche d’ordre psychologique et volontaire (niveau de conscience ordinaire) puisqu’il s’occupe essentiellement de notre ego, de nous permettre de survivre et de trouver un équilibre satisfaisant dans notre vie quotidienne, que ce soit physiquement, affectivement et émotionnellement, intellectuellement ou socialement. Comme je viens de le montrer, le second stade de développement personnel, le plus souvent ultérieur s’il advient dans une existence, est quant à lui d’ordre psychospirituel : il doit certes s’appuyer sur ce soi fort et authentique ainsi que sur ses valeurs, mais surtout s’inscrire dans le même temps dans un mouvement inverse de dépassement du Moi (qui n’est pas pour autant une négation de celui-ci, comme nous le verrons). Ce dépassement est destiné à faciliter un élargissement de notre conscience et le lien à notre identité profonde par un éveil, une ouverture à l’action et à la guidance du Soi, en tant que noyau et colonne vertébrale de notre identité, source d’un sens réel à notre existence, d’une unification-mise en cohérence de notre personnalité morcelée et de notre plein accomplissement…C’est ici la réceptivité et le lâcher-prise, l’abandon et la confiance qui prédominent. Le passage du Moi au Soi est donc en fait un renversement de perspective par lequel le Moi-ego renonce consciemment, souvent non sans angoisse, dépouillement et contraintes préalables des « événements », à être le centre de la personne et à tout maîtriser. Tout en restant lui-même mais en oeuvrant pour toujours plus de vérité et de solidité personnelles, il reconnaît un au-delà de lui-même, le Soi, comme « autorité supérieure », seule source de croissance et de sens véritables (« noyau » au centre de la « coque ») : il sait désormais qu’il en dépend et qu’il en tire son existence et sa substance . Acceptant de « lâcher ses sécurités » et de se lancer dans l’inconnu, le Moi se place alors sous la direction du Soi dans une perspective de collaboration et de dialogue constants. Il y a alors continuité entre les 2 réalités et non, opposition ou destruction : en s’alignant progressivement sur les orientations données par le Soi, il y aura de moins en moins de distorsions et l’ego ressemblera de plus en plus au Soi qui irriguera toujours plus facilement et sans « barrage » l’ensemble de la personnalité, « canal agissant » profondément relié à tout ce qui l’entoure. C’est ce que JUNG appelle le processus d’ « individuation » : émergence d’une plénitude de notre identité spécifique et d’une juste adaptation sociale, à l’environnement et au monde sous l’influence du Soi mais avec le concours de notre Moi qui lui donne forme. La plupart du temps, cette capacité à « ancrer ses pas » dans celui du Soi, l’éveil au Soi, émerge progressivement et en particulier à l’âge adulte...Hors moments de croissante plénitude , sagesse et inspiration où le Moi s’épanouira bien davantage car relié à sa source spirituelle de réalisation personnelle, il s’agira pour lui de supporter-contenir courageusement les états d’ « inconfort », voire de confusion et de souffrance, qui ne manqueront pas de surgir dans les phases d’ajustement entre lui et le Soi : il lui faudra ainsi souvent résister à la tentation de revenir durablement vers ses positions anciennes, certes sécurisantes mais sclérosantes. C’est pourquoi il sera essentiel qu’au préalable, le Moi (et son « contenant psychique ») soit solide, authentique, appuyé sur des valeurs éthiques, bien constitué et équilibré sur une saine estime de soi, individuelle et sociale, car éprouvée par les expériences de la Vie… - Les « malentendus » et « conflits » du « couple soi-Soi » ! Mais bien des « malentendus » et des « conflits » entre le soi et le Soi devront être dépassés avant d’en arriver là ! La plupart des conflits psychiques majeurs (névroses, psychoses…) se jouent en effet dans un rapport (ou un non-rapport) problématique entre le Moi et le Soi-inconscient[9]. « A mort l’ego ?! » : les dangers d’une négation du Moi Ainsi, beaucoup d’auteurs vont de la méfiance à la violence lorsqu’ils évoquent l’ego-soi : perçu essentiellement comme « nombriliste » et « narcissique », « individualiste » et « égoïste », assoiffé de pouvoir et de puissance, toujours préoccupé de sa propre satisfaction même au détriment des autres…il est, au mieux, à dénigrer et au pire, à « faire mourir »… au profit notamment de notre « identité spirituelle ». De telles positions qui se centrent sur les dérives du Moi-ego, conduisent par la même à rejeter des valeurs indispensables à la survie, à l’auto-protection et à une affirmation constructives en société, mais aussi à diaboliser les plaisirs de la Vie, matérielle notamment, et plus largement, une « saine incarnation ». Indirectement, elles amènent à encourager l’inadaptation sociale, une « vie désincarnée », l’austérité, une fausse humilité (porte ouverte à un certain « orgueil spirituel » et à une « illusion grandiose », ultime piège…de l’ego), l’oubli de soi , voire l’auto-dénigrement … Comme s’il n’ y avait pas un « juste milieu » où le soi peut également être synonyme de simplicité, de responsabilité et de conscience (au sens psychologique et éthique du terme), mais aussi source de relations vraies et profondes, de créativité dans la joie d’être vivant, de participer à la Vie et de savourer ce qu’elle nous offre !…En d’autres termes, un soi qui, certes , aura vraisemblablement suffisamment cheminé sous la conduite du Soi !…mais un soi quand même ! En outre, qu’arrive-t-il également à une personne au Moi insuffisamment fort, voire « inexistant » ? Elle se trouve sans défenses (ou alors inadaptées), envahie voire possédée par son monde intérieur (forces libidinales plutôt chaotiques, Ombre et/ou archétypes, rayonnement du Soi non canalisé et donc trop intense pour être supporté…) face auquel elle ne parvient pas à se positionner fermement et justement. Les « forces » qui l’habitent peuvent à tout moment faire irruption dans son conscient et y produire des « désordres » : des atteintes graves à sa croissance physique, psychologique et spirituelle la guettent, ou tout au moins des troubles handicapants de son comportement…C’est pourquoi notre Moi a une fonction défensive-protectrice importante également vis-à-vis de notre monde intérieur , pour le contenir et assurer notre auto-conservation, notre sécurité, notre survie et notre équilibre...mais aussi pour lui donner une forme créative !… Car il ne s’agit pas non plus d’adopter au pied de la lettre la conception freudienne qui réduisait l’inconscient à sa dimension purement psychologique, perçue comme essentiellement menaçante et appelant donc essentiellement à se défendre . En résumé, une attention constructive à notre soi-ego est donc indispensable si nous ne voulons ni « planer », ni être « englouti » !… et qu’il y ait un « réel acteur » sur la « scène » de notre vie ! « L’indifférence au Soi » : de l’ignorance au déni L’attitude inverse consiste en une prédominance (plus ou moins absolue) de l’ego-Moi qui se prend pour le centre de la personne et de la vie psychique (C’est l’ « acteur » qui se prend pour le « créateur-réalisateur » de la pièce !). Ceci se manifeste notamment par : - le fait que le Moi croit pouvoir tout contrôler dans une « illusion de toute-puissance », soit parce qu’il survalorise le pouvoir de sa volonté (persuadé que « Quand on veut , on peut !», alors que n’importe quelle dépendance amoureuse, à l’alcool, à la cigarette… ou maladie grave montrent clairement le contraire !), soit parce que « hors la Raison, point de salut ! »… - une trop forte identification de la personne à son Moi (le « personnage ») : dès lors, celle-ci perd, ne trouve pas, voire rejette ou ignore son lien au Soi, au profit, en particulier, d’un trop grand centrage sur les attentes des autres et le monde extérieur . S’ensuit un manque de coordination entre les orientations conscientes du Moi et celles, inconscientes, « sages », créatives et équilibrantes, du Soi, le Moi s’éloignant de sa source vitale et de sa « boussole interne » qu’est le Soi . Le Moi souhaite ainsi par exemple ardemment réaliser un projet alors qu’il porte atteinte à des pans entiers de sa personnalité ! Mais la personne s’entête et s’évertue à surmonter coûte que coûte la succession d’obstacles et d’évènements contraires que le Soi « a fait surgir » sur sa route afin de la dissuader, percevant les désagréments et déséquilibres majeurs auxquels elle s’expose. Des symptômes apparaissent, certes systèmes inconscients d’auto-protection (défense) mais de plus en plus aliénants et répétitifs, pour juguler l’angoisse suscitée par le conflit intérieur Moi-Soi . « Utilisant » les rêves, l’un de ses modes d’expression privilégiés, le Soi peut même aller jusqu’à « avertir » le Moi qu’il fait fausse route par des rêves lourds de sens, notamment « compensateurs » ou témoins de la situation et des risques encourus. JUNG, dans ses différents ouvrages, donne de nombreux exemples cliniques en ce sens. Ainsi en est-il de ce patient de haute position sociale venu le consulter car souffrant de différents symptômes -angoisses, incertitudes, vertiges, parfois vomissements, engourdissement cérébral et gêne respiratoire- ressemblant au « mal des montagnes ». Or, ce patient, d’origine paysanne modeste mais très ambitieux, avait eu une carrière à l’ « ascension » progressive, laborieuse mais extrêmement brillante. Il avait au moment de sa consultation, des projets professionnels d’encore plus grande envergure, que ses symptômes handicapants étaient venus ralentir mais qu’ il n’avait de cesse de surmonter. Dans ce cas précis , non seulement les symptômes de ce patients étaient significatifs de sa problématique et donnaient déjà l’alarme, mais en outre il avait fait plusieurs rêves qui allaient dans le même sens : continuer son ascension le ferait côtoyer des « sommets » au-dessus de ses capacités (cf. ses symptômes d’« épuisement ascensionnel ») et risquerait de le faire « dérailler » (cf. notamment, brièvement, l’un de ses rêves où le patient se voit courir de toutes ses forces pour rattraper un train lancé à pleine puissance par la force de sa locomotive poussé par le mécanicien = la volonté ambitieuse de son Moi, mais déraillant à l’arrière = ses « instincts » et dernières forces terrassés par l’effort « surhumain » accompli, d’où ses symptômes) . Cet homme, mené par la Raison et une féroce ambition de son Moi conscient, ne voulut rien entendre. Comme le décrit JUNG, ce patient « voulut (tout de même) tenter sa chance, ce qui entraîna un échec professionnel, un déraillement si complet, que la catastrophe entrevue devint réalité ». On voit bien ici que les problèmes sont renforcés par le fait que le Moi, souvent dominé par l’égocentrisme, une trop grande confiance en lui et/ou la pensée rationnelle (« notre tête », « notre mental »), peut ne pas du tout être conscient du Soi ou ne pas l’écouter, ni le prendre en compte en dévalorisant sa « parole » du fait de son mode d’expression inhabituel et peu familier pour notre soi. Notre ego pourra aussi, poussé par la peur, décider de prendre les commandes pour agir face à des messages trop perturbateurs du Soi (se manifestant par notre corps, notre intuition, nos « tripes »), et jugés trop négatifs ou angoissants par le Moi qui a décidé de ce qui « devrait être ». Comme le montre J-M HENRIOT, nous nous coupons dès lors de nous-mêmes, nous sommes alors « déboussolés », « dés-axés » et le « payons » sous différentes formes : sentiment d’être « à la dérive » et de perdre le sens de notre existence, malaise intérieur, voire angoisses ; symptômes divers (troubles physiques, relationnels…), pathologies plus ou moins graves…autant de manifestations « par défaut » de ce que nous n’avons pas voulu entendre ! Car n’oublions pas que, si l’ego se croît le maître de la personne, en réalité, c’est le Soi qui le mène subtilement et aura pour rôle de rétablir l’harmonie intérieure déséquilibrée par le Moi, d’unifier la fragmentation de la personne, paradoxalement pour le plus grand bien du Moi mais avec des « retours de manivelle » inconfortables, voire extrêmement douloureux !!! Quels peuvent donc être dès lors les éléments et les voies essentiels à même de favoriser une saine et fructueuse collaboration entre le soi et le Soi, basée sur un « dialogue », une « dialectique » (selon les mots de JUNG) constructifs et équilibrés, au service du plein accomplissement de la personne dans sa globalité (maturité psychospirituelle et individuation) ? - « soi-Soi » : les voies d’une rencontre fructueuse Une conscience claire des langages spécifiques du soi et du Soi, et du « partage des compétences » entre le soi et le Soi sera tout d’abord nécessaire. Bien souvent en effet, habitués que nous sommes au langage rationnel, logique, linéaire, mental… du soi (« cerveau gauche »), nous ne privilégions voire même nous ne prenons pas au sérieux ou ne percevons même pas le langage analogique, symbolique, par images, sensoriel, intuitif… (« cerveau droit ») qui est, par excellence, celui du Soi. Ce dernier se laisse en effet plus deviner que percevoir directement : en dehors de manifestation plus « spectaculaires » comme des « expériences-sommets » et « percées » du Soi, celui-ci s’exprime habituellement par des influences latentes, discrètes et subtiles, d’une façon non logique, diffuse dans le corps, les sentiments-intuitions et par les images-symboles (rêves…). Le Soi est la source de toute « pensée » véritable (non « ruminatoire » ou exclusivement intellectuelle) car sorte d’énergie globale reliant le mental, le reste du corps, les sensations et l’axe de la personne et donnant lieu à une direction et à une action ancrées et orientées par une boussole interne unifiante, mobilisant toute notre personne. Même si le Soi irrigue et influence toutes les dimensions de la personne et de son expression, on peut distinguer des domaines plutôt spécifiques à l’action de l’ego : l’amélioration (basée sur l’effort et la volonté) de son adaptation au monde, interne et externe, et de sa vie quotidienne, de son affirmation de soi, et de ses relations ; l’exercice de ses facultés mentales, sensorielles, physiques ; le travail sur ses croyances et ses valeurs ; réalisation d’activités, de projets… choix de son cadre de vie, de ses comportements, de stratégies…). D’autres domaines sont « au-delà de l’ego » et spécifiques à l’action du Soi : sauvegarde de l’identité profonde, de l’unité et de l’équilibre de la personne, notamment par la mise en lumière et l’intégration unifiée de ses différentes facettes (sous-personnalités), dont opposées et/ou refoulées (son Ombre)… ; création d’expériences « spirituelles » au sens large du terme (expériences-sommets, synchronicités, guérisons, inspiration…) et amour inconditionnel ; réalisation et croissance profonde de la personne, dans l’ accomplissement de sa « mission personnelle», passion profonde pour l’exercice d’une activité spécifique contribuant positivement à la communauté … L’expression du Soi sera d’autant plus facile si le Moi « s’aligne » sur lui, soit spontanément en se plaçant dans un état de réceptivité et d’abandon, soit parce qu’il aura épuisé les ressources de son intelligence et de ses efforts volontaires, désormais reconnus comme impuissants. Dès lors pourra s’exprimer le langage « transcendant » du Soi, sorte de « grâce intégratrice » des éléments en présence vers la « solution » la plus juste et appropriée pour l’ensemble de la personne et son environnement . Voies de développement-renforcement du Moi-soi / voies de développement de l’influence du Soi Il existe bien entendu des chevauchements entre les deux types de voies mais on peut tout de même distinguer deux axes majeurs. Comme je l’ai déjà souligné, être soi ou plutôt devenir soi-même est difficile, « ne va pas de soi », toujours menacé par un retour à notre « ego factice », sécurisant, devant la difficulté, l’inconfort parfois extrême de ce « travail »... Mais refuser ce défi peut coûter cher. Il s’agira donc ici de s’armer de courage, de ténacité, de volonté, de patience et de lucidité, pour entrer dans cette démarche personnelle, active (même si aussi faite de réceptivité) et permanente, de développement de nous-même. Il nous faudra d’abord sortir de la croyance que nous sommes prisonnier d’un passé que nous sommes condamné à reproduire. Il nous faudra aussi accepter qu’en tant qu’adulte, nous avons le pouvoir de nous libérer de nos conditionnements limitants, voire destructeurs, et de faire de nouveaux choix (nous déconditionner-reprogrammer) pour faciliter notre croissance personnelle et vivre notre vie plutôt que celle de nos parents ou de nos proches. Nous nous transformerons ainsi en ce jardinier-accompagnateur de nous-même évoqué précédemment (« auto-parentage »), prenant soin des conditions pour notre meilleur croissance possible (préparer un « bon terreau » en « arrachant les mauvaises herbes » des pensées destructrices, « cultiver » des pensées « fertiles »…). Pour passer de notre Moi largement inauthentique à un Moi vrai et autonome, un « grand nettoyage » qui « purifiera le canal » sera donc une 1ère étape indispensable. Tout en reconnaissant au préalable notre ambivalence entre désir et crainte de changer pour aller mieux, cette étape consistera, notamment par une « auto-analyse », à nous détacher de cette représentation-image de nous-même « auto-construite » qu’est le Moi, après l’avoir explorée, avoir « fait le tri » dans nos identifications, nos masques mais aussi dans les images, paroles-messages, regards, croyances qui constituent notre filtre et nous amènent à des jugements de valeur négatifs et aliénants sur nous-même, sur les autres et sur le monde… Modifiant notre regard, nous les transformerons ensuite progressivement en les remplaçant par des messages enrichissants . Il nous faudra également être attentif dans notre vie aux situations et à nos attitudes répétitives bloquantes et observer-comprendre ce qui se cache derrière… pour « redécider » de notre « scénario de vie » (cf. Analyse Transactionnelle) et l’accomplir autrement. Clarifier pour les consolider nos valeurs fondamentales personnelles, guides de notre vie, prendre conscience de nos blessures, besoins, désirs profonds, mais aussi de nos émotions, forces, fragilités et limites…pour en prendre soin avec bienveillance (auto-permissions, « nourrir-sécuriser » notre enfant intérieur blessé, répondre à nos besoins, trouver des moyens constructifs de nous « libérer » des émotions anciennes et bloquantes, enkystées en nous…) et faire confiance à notre spontanéité… renforcer et exercer nos compétences, réaliser nos projets en respectant notre rythme (« ce n’est pas en tirant sur les fleurs qu’on les fait pousser ! »), « revisiter » les fondements de nos relations pour les assainir… seront également essentiels. Il s’agira ainsi de prendre en compte toutes les dimensions-parts de nous-même, de tout laisser venir à notre conscience (même nos souffrances, nos limites, nos « noirceurs », nos contradictions-déchirements , nos manques et nos problèmes douloureux…), sans évitement ni refoulement, mais en « restant en contact avec » pour les observer lucidement, en détails et sans complaisance, tout en les acceptant avec bienveillance et le plus sereinement possible : nous acquerrons ainsi une meilleure connaissance et compréhension de qui nous sommes vraiment, en renforçant parallèlement notre solidité psychique et intérieure (puisque nous serons capable de tout « contenir » et de coexister avec le « négatif » sans être envahi ni débordé par lui). Nous pourrons ainsi plus facilement nous « détacher-désidentifier » de notre « faux Moi », aidé bien souvent à ce « dépassement » par l’intervention du Soi favorisée par l’ attitude que je viens de décrire. En bref, tout ce qui (moyens, méthodes, stratégies, expériences…) contribuera à accroître notre conscience-lucidité-discernement ainsi que l’ affirmation « saine » et l’estime de nous-même, notre adaptation équilibrée et constructive au monde -intérieur et extérieur- et aux autres , nous aidera à développer notre Moi et à amorcer une unification intérieure, vraie et profonde… Tout en augmentant notre authenticité, nos forces de survie et en acquerrant une bonne santé psychologique, nous pourrons ainsi nous approcher progressivement du noyau de notre subjectivité, source de la vie en nous, le Soi, dont notre soi sera de plus en plus le reflet. Comme l’évoque Jean-Marc HENRIOT dans la lignée notamment, de JUNG, d’ASSAGIOLI ou de MASLOW, on peut repérer que c’est le Soi qui nous guide, que le Moi et le Soi collaborent et que nous sommes « dans notre axe », lors de certains moments ou périodes particuliers, un peu « magiques » (et à durée variable) de notre vie. Nous sommes alors dans un état de présence, de conscience, de vigilance, de créativité et d’incarnation très particulier, sans pensées ; nos valeurs, compétences, désirs sont alignés sur le même axe ; nous nous sentons dans une tranquillité profonde, avons un sentiment d’aisance, de fluidité dans le déroulement des choses ou une facilité surprenante à surmonter les obstacles pas à pas ; nous sommes empreints d’une sorte d’ « inspiration », d’intuition, d’énergie dynamique et joyeuse qui « force » la chance sans effort (cf. « synchronicité » : événements, rencontres,… à des moments opportuns), nous sommes clairvoyants et lucides dans nos décisions. Tout se passe comme si nous étions alors portés par une puissante énergie de réalisation personnelle, étroitement reliée à une contribution enrichissante au monde (sorte de « mission » personnelle). Bien sûr l’influence du Soi n’est pas toujours aussi visible et perceptible, loin de là, mais ces moments sont comme un cap à conserver lorsque notre Moi est tenté de s’égarer : ils nous incitent à emprunter de plus en plus les voies de l’ouverture à cette guidance du Soi-Inconscient et d’un dialogue entre notre Moi conscient et lui , pour en mobiliser les ressources et favoriser un meilleur équilibre et accomplissement personnels. Quelles sont donc ces voies centrant notre regard sur notre vie intérieure ? Ainsi que le résume Jean MONBOURQUETTE, on peut en distinguer 2 grands types : - celles, dites « négatives », qui concernent la « purification du canal » qu’est le Moi avec l’aide du Soi : elles recouvrent en partie des moyens évoqués précédemment , la « désidentification » (cf. la Psychosynthèse d’ASSAGIOLI) , mais aussi les détachements volontaires, l’acceptation des deuils-passages, le lâcher-prise des illusions sur soi (bouleversements identitaires…) et sur la Vie, de la souffrance « incontou |