Homme parano (L')
   
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L’HOMME PARANO

Claude OLIEVENSTEIN

Odile Jacob/ poches

2002

 

 

Dans ce livre l’auteur a le courage, l’authenticité, de mettre à nu sa problématique et nous permet de la découvrir de l’intérieur :

- Explication de la genèse de sa pathologie : à l’âge de 3 ans, sa tante lui offre un vêtement alors qu’il attendait un jouet. Il en déduit qu’on ne l’aime pas, mais on ne lui dit pas.

- Position de victime : on ne l’aime pas et ce n’est pas de sa faute.

- Peur de ne pas être aimé transformée en agressivité. « Le parano est, se vit, en situation de guerre. Cette guerre n’est qu’une armure, protection psychique, forteresse de sable, pour masquer la peur ».

- Le moteur de la décompensation réside dans la peur, une peur folle, qui rompt les digues, peur qui est une abdication devant la dureté de la vie, retour à l’enfance non protégée, à l’abandon des premières heures, jours, semaines, années de vie où l’on est tout petit, nu, misérable, dépassé, innocent, où l’on ne comprend pas l’immensité du mal amour, du non-amour, de la solitude.

- Peur de devenir fou : « Le parano a un moi éclaté, brisé, toujours incomplet. Il n’y a pas d’autres réponses à ce moi physique-psychique en magma qu’un raisonnement. Face à l’irraisonné, la logique ; une autre logique certes, structurée en ordre de bataille ».

- Le délire paranoïaque est dû au non-dit de l’angoisse (de mort, de dislocation, de culpabilité) qui ne peut pas s’évacuer.

- Dès la plus tendre enfance, l’homme parano pose comme postulat qu’il n’est pas reconnu à sa juste valeur, qu’on le juge a priori, lui qui a les meilleures intentions du monde, sujet sans haine et sans reproche. Ce décalage entre l’animosité extérieure et sainteté intérieure est la cause même de sa faiblesse, de son incapacité à répondre aux humiliations précoces ; il ronge son frein, jusqu’à ce que l’occasion permette à la pulsion de se transformer en passage à l’acte. Jalousie, rigidité, dépression, sont à ces stades précoces intriqués.

- Nul n’est plus sensible aux atmosphères, au non-dit, que l’homme parano. Il pressent, devance une attitude ou une réticence même derrière la politesse la plus exquise. Il n’a pas toujours tort ; ses impressions, si elles sont excessives ou majorées, ne sont pas à priori délirante. Incompris, solitaire, il a mille choses à dire mais il n’existe pas ou peu pour autrui. Alors, avec la violence des timides ou avec une fausse arrogance malhabile, il provoque d’une manière désespérée, lugubre, l’autre qui, très souvent, répondra par une réaction de rejet.

- La violence du paranoïaque est une violence dépressive. Derrière la rigidité se dissimule un tout petit enfant qui n’a pas fait sa place au soleil, angoissé de tout, soumis comme si cela était évident à des attaques multiples, enfant qui n’a pas été aidé, a été livré à lui-même lors des événements traumatiques de sa vie. Sa conviction rigide témoigne d’un deuil qui ne peut ni se conclure ni se sublimer, d’autant plus que le sujet n’en est pas tout à fait conscient.

 

L’auteur dans ce livre explique quelle est la vision du monde du paranoïaque, comment son filtre pathologique lui déforme ses relations aux autres, comment arrive le délire paranoïaque, quels sont les liens entre cette pathologie et la société, l’amour, la drogue, la vieillesse.

 

La postface du livre nous laisse dans le questionnement : on a l’impression que l’auteur n’a pas trouvé la solution pour « débrayer » sa croyance infantile « on ne m’aime pas » ; il écrit « quelque chose en moi fait que je ne suis pas aimé par les autres ». Cela n’est-il pas confirmé par le fait qu’il n’y a rien dans ce livre sur comment se sortir de cette pathologie, comme si l’auteur se sentait victime d’une infirmité à vie, de quelque chose d’incurable ?

 

 

Christian BARETTE