Amour est une drogue douce... en général
   
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L’AMOUR EST UNE DROGUE DOUCE…

En général

Michel Reynaud

Robert  Laffont
 2005

 

Michel Reynaud est psychiatre. Il s’intéresse plus particulièrement aux problèmes d’addictologie.

 

Ce livre nous parle de la relation amoureuse et donne des explications sur le désir de l’autre, le plaisir des étreintes et sur ce qui nous retient, ce qui créé de l’attachement. Il est question aussi de l’évolution de la relation de couple, comment de « accro » à l’autre, on peut décrocher et survivre à une rupture.

 

Le Désir : l’auteur nous explique comment le comportement humain, face au désir amoureux, est conditionné dès la toute petite enfance par la façon dont chacun a été accompagné sur le chemin « désir-plaisir-manque » et comment tout se rejoue à l’adolescence dès la rencontre avec « l’ Autre ». Etayée par de nombreuses références issues de différentes sciences : éthologie, biologie cette première partie développe les thèmes de la séduction et de la biologie du désir.

 

Le Plaisir : il est question dans ce chapitre de la montée du plaisir en partant, des premières caresses, des baisers jusqu’à la jouissance dans l’acte sexuel. Mais jouir, n’est pas aimer, même si cela aide. Michel Reynaud explique comment la lubérine, l’ocytocine, hormones sécrétées pendant les phases de désir et de jouissance interviennent dans les comportements humains et créent de l’attachement, ou une recherche sans fin d’un nouveau désir. Une présentation claire du fonctionnement du cerveau humain donne par ailleurs des explications sur les fonctionnements amoureux, mais aussi sur des comportements extrêmes comme ceux des pervers par exemple.

 

La Phase Passionnelle : l’Autre qui inonde de plaisir, le manque de l’ Autre qui fait souffrir - satisfaction, nouveau manque, retrouvailles - … La passion amoureuse est présente dans 87 % de populations diverses dans le monde entier selon une étude menées par des anthropologues. Comme chez le dépendant à un produit toxicologique, rien ne peut arrêter le partenaire passionnel dans sa course vers l’Autre, nous explique l’auteur. Dans ce chapitre il décrit différents comportements face à la passion : la recherche du passionnel ou sa fuite, le coup de foudre, la dépendance des corps, du plaisir physique. L’exacerbation des sensations amène à l’exacerbation des émotions et nous conduit à l’exacerbation des sentiments. Le lien passionnel est aussi renforcé par la théorie de l’esprit : nous prêtons à l’autre des pensées, la réciprocité de l’amour ; de ce fait la dépendance sera encore plus forte qu’à un produit toxicologique par exemple.

 

L’ attachement – engagement : l’attachement est un au-delà du plaisir. L’engagement aménage le manque, comme un rituel au quotidien. Pour vivre en couple, il faut le vouloir. La capacité à gérer l’absence de l’autre, variable selon les individus, dessine notre capacité à nous attacher et à vivre en couple. L’auteur s’appuie dans ce chapitre sur les études de Bowlby et Spitz (psychanalystes et pédiatres) et de Mary Hainsworth, psychologue américaine portant sur des comportements-type d’attachement à la mère du tout petit, que l’on retrouve dans les comportements dans les liens amoureux d’adultes. La relation de couple est développée ici dans ses formes les plus diverses : gérer le manque, mais aussi gérer la présence ; le couple fusionnel, le couple indépendant ; les menaces : jalousie, adultère… enfin comment la relation entre deux partenaires est issue d’une part biologique, de facteurs socio-culturels et psychologiques.

 

Puissance de l’amour fou et enfer de la passion destructrice : cette partie fait particulièrement le lien entre la relation d’amour, relation à l’Autre et le comportement addictif à une drogue. L’auteur reprend les critères de Goodman (psychologue américain) sur lesquels il s’appuie pour définir un comportement dépendant, et les similitudes sont évidentes, et l’on voit comment le paradis peut devenir l’enfer.

 

Séparation ou sevrage : la rupture peut avoir divers visages ; même si elle est consentie, il peut rester encore un état de dépendance, aux « vieilles habitudes » par exemple. Les plus marquantes sont les ruptures des relations fusionnelles ou passionnelles. Ce chapitre décrit les différents états que peut provoquer la rupture : de la désespérance à des moments de joie d’une liberté retrouvée, les émotions ressenties peuvent toucher les extrêmes. La rupture est une blessure narcissique, une remise en question de soi. Les symptômes de la dépendance sont souvent visibles. Le sevrage est un travail personnel, il n’existe pas encore en France de prise en charge des victimes de chagrin d’amour ! Si les avis sur la prescription de médicaments psychotropes dans les cas de maladie d’amour sont partagés, l’auteur précise que les psychothérapeutes sont d’une aide précieuse. Avec le temps… découvrir que vivre sans l’autre est possible, sans souffrance, et peut être… avec plaisir.

s d’une grande richesse pour une meilleure compréhension des relations de coup

 

                                                                                                    Pascale CHASSAGNON

 

 

L’AMOUR EST UNE DROGUE DOUCE en général…

Michel REYNAUD

Editions Robert Laffont
2005

 

 

Ce livre traite du pouvoir magnifique de l’amour et de son envers toxique. L’auteur y fait un parallèle entre l’amour, la passion, et la dépendance aux produits toxiques. Il établit que le circuit désir-plaisir-manque gouverne les deux.

Dès la naissance, ce circuit désir-plaisir-manque est activé, et la gestion précoce et individuelle du plaisir et de la souffrance s’inscrira comme une empreinte indélébile dans l’individu.

Michel Reynaud nous fait suivre la séquence désir-plaisir-manque-dépendance, commune à l’amour passionnel et à la toxicomanie.

 

Désir :

Face au désir, le circuit de l’évitement est stimulé chez la femme placée face à un homme, alors que c’est le circuit de l’approche et du plaisir qui est stimulé chez celui-ci. De même, face à la drogue, les femmes recherchent l’évitement de leur souffrance tandis que les hommes se lancent plutôt un défi, une sorte de bravade. Qui dit désir, surtout précédé de manque et d’attente, dit hausse proportionnelle du taux de dopamine (hormone du plaisir).

 

Plaisir :

Dès les premières sensations de plaisir, l’hormone lulibérine est sécrétée. Cette hormone multiplie les effets de la dopamine et par conséquent l’humeur vire à l’euphorie. Lors de l’acte sexuel, un cocktail testostérone-ocytocine est sécrété, puis après l’orgasme, les endorphines prennent le relais, d’où des sensations de détente, de somnolence.

L’accroche amoureuse est directement proportionnelle à la vitesse avec laquelle le plaisir monte par libération forte du cocktail hormonal. De même, les produits les plus addictifs sont ceux dont l’effet est d’emblée le plus fulgurant.

 

Manque :

Vient ensuite le manque, manque de l’autre ou manque du produit. Le toxicomane va chercher à oublier l’effet du « shoot » pour survivre entre deux prises de produit, c’est un rapport binaire : avec ou sans le produit. Le passionné, lui, est envahit par l’autre, il le déifie et son absence crée un vide : l’autre manque atrocement.

 

Dépendance :

L’échelle de Goodman, constituée de quatre symptômes et de neuf items, permet de diagnostiquer un état de dépendance. On pourrait définir l’addiction à un humain ou un produit, comme le moment où ce n’est plus « bon », le stade où l’envie, le désir, sont devenus besoin avec apparition de la tolérance (nécessité d’augmenter les doses pour obtenir les mêmes effets) et signes de sevrage en cas de manque.

Pour éviter la passion destructrice, des signes avant coureurs peuvent servir d’alerte : l’éloignement géographique de l’objet d’amour, le refus d’engagement de celui(celle)-ci, son engagement auprès d’un(e) autre. Autant d’indices qui invitent le futur amoureux à réveiller sa conscience et évaluer ses forces avant de plonger.

 

Au final, la passion se révèle moins dévastatrice que la toxicomanie car, même si le sevrage est long et douloureux, l’individu ressort enrichi de l’expérience, alors que les produits, outre les destructions physiques et psychiques, laissent un marquage indélébile : reprendre ne serait-ce qu’une fois la substance met gravement le sujet en danger.

 

Un livre très clair, captivant dont l’originalité réside dans ce parallèle entre la toxicomanie et de la « maladie » d’amour.

 

 

Dominique Marion