L’auteur : Mony Elkaïm est neuropsychiatre, consultant au département de psychiatrie Erasme et dirige l’institut d’études de la famille et des systèmes humains (Bruxelles). Il forme des groupes de psychothérapeutes à la thérapie systémique dans le monde entier. Il s’est attaché, dans cet ouvrage, à faire ressortir deux problèmes théoriques importants auxquels se heurtent les praticiens. Le premier est celui de la stabilité et du changement. « A partir des travaux d’Ilia Prigogine et de son équipe sur les systèmes ouverts loin de l’équilibre, c’est-à-dire en changement, j’ai souligné l’importance, dans le domaine des thérapies familiales, des règles intrinsèques, des éléments singuliers, du hasard et de l’histoire ». Le second problème est celui de l’auto-référence. « Dans mon approche, ce que ressent le thérapeute renvoie non seulement à son histoire personnelle, mais aussi au système où ce sentiment émerge : le sens et la fonction de ce vécu deviennent des outils d’analyse et d’intervention au service même du système thérapeutique ». M.E. propose un nouveau modèle pour les thérapies conjugales et familiales, qui repère des cycles constitués de doubles contraintes réciproques : une personne demande à une autre quelque chose qu’à la fois elle souhaite et ne parvient pas à croire possible. Ceci est illustré par le titre. Un membre d’un couple demande au niveau verbal d’être aimé, et, sans en avoir conscience, demande, au niveau non verbal de ne pas l’être. La réponse de l’autre ne pourra qu’être insuffisante, puisqu’elle ne répondra qu’à un seul niveau de la double contrainte. Pour qu’un tel comportement se maintienne et s’amplifie, il faudra cependant qu’il ait une fonction non seulement par rapport au passé de l’un des protagonistes, mais aussi par rapport au système du couple dans son ensemble. Dans le couple le mouvement s’opère dans les deux sens, et les doubles contraintes sont réciproques. M.E. présente aussi deux nouveaux concepts : ceux de résonance et d’assemblage. C’est donc un ouvrage théorique. Mais il est illustré d’exemples commentés, qui montrent comment travaille l’auteur. Les exemples sont parfois des simulations de séances, tirées de son travail de formateur, parfois des supervisions. Ses interventions sont souvent assez surprenantes. En conclusion M.E. propose un certain nombre de points à respecter : 1) Accepter que ce qui naît en nous n’est pas uniquement lié à notre propre histoire, mais a également un sens et une fonction par rapport au système thérapeutique. 2) Nous en méfier ; 3) Vérifier que ce que nous ressentons a une fonction à la fois par rapport aux membres du couple ou de la famille et par rapport à nous-mêmes. 4) Le travail de psychothérapie consistera à flexibiliser des éléments apparus à l’intersection des différents univers des membres du système thérapeutique. J’ai trouvé les présentations théoriques ardues, surtout tout ce qui touche à la théorie générale des systèmes, et été tentée à plusieurs reprises d’abandonner ma lecture ; mais, comme j’étais alléchée par ce que l’auteur nous dévoile de sa pratique, et que ces chapitres-là sont passionnants, j’ai poursuivi. |