Mythe de la mauvaise mère - Les réalités affectives de la maternité (Le)
   
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LE MYTHE DE LA MAUVAISE MERE

Les réalités affectives de la maternité

Jane SWIGART

 Edition réponses/ Robert Laffont

Octobre 1992

                                                      

 

L’auteur, Jane Swigart, psychologue, travaille comme psychothérapeute en thérapies individuelles et familiales .

Elle va étudier dans ce livre les relations affectives de la maternité en particulier.

Dans une première partie, elle montre comment  élever un jeune enfant est une tâche difficile .

Les soins à l’enfant réveillent des zones inconscientes de notre moi : les souvenirs de la première relation à notre mère. Alors, les désirs, les ambivalences ressentis à l’égard de notre mère remontent et peuvent avoir un effet à la fois bénéfique mais aussi destructeur dans notre lien à l’enfant.

Au début de la vie de l’enfant, la mère a un contact intime et permanent avec l’enfant. Cela peut la fragiliser, lui faire perdre temporairement son individuation. Tout comme l’enfant, la mère a besoin d’être soutenue, aimée, écoutée ,comprise. Alors, elle pourra être elle-même « suffisamment bonne » pour l’enfant.

La mère parfaite n’existe pas. Mais chaque mère craint d’être vue comme mauvaise mère et elle n’osera pas parler de la réalité de ses impulsions les plus basses qui coexistent en elle avec les plus généreuses.

La « mauvaise mère » est très rare : elle se lasse facilement de son enfant, elle est indifférente, insensible à ses besoins, elle utilise l’enfant pour sa propre satisfaction.

L’auteur va explorer la littérature pour y découvrir des témoignages de ces impulsions basses. La mère peut être parfois cruelle, indifférente, possessive, envieuse, en colère devant l’exigence de l’enfant. Elle peut se lasser et démissionner devant les taches ennuyeuses et répétitives que les soins à l’enfant exigent.

Ensuite l’auteur va aborder les différentes étapes de l’enfant, la phase de latence, l’adolescence et étudier les sentiments maternels, par exemple, une souffrance face à « l’abandon » que peut représenter le départ de l’enfant à l’école pour certaines femmes.

En conclusion, l’auteur montre comme il est essentiel d’aider les parents à explorer leurs véritables sentiments vis-à-vis de leurs enfants, à admettre leurs erreurs  et à essayer d’y trouver un remède. Cela aura un effet positif pour les enfants et pour eux-mêmes.

Il est urgent de ne plus mépriser, dévaloriser, culpabiliser la mère dans son travail d’éducation, de reconnaître la part du père dans cette éducation, pour que les enfants ne souffrent pas de carence affective. Accepter l’ambivalence des parents, notamment des mères, accepter de voir et de parler des aspects les plus pénibles de leurs rapports avec leurs enfants sans culpabilisation permettra de développer plus facilement leur partie altruiste que demande l’éducation de l’enfant. Cet amour altruiste nous fait grandir et peut être source de transformation et de régénérescence.

Ce livre est très intéressant : grâce à ses témoignages et aux extraits choisis dans la littérature féminine. Il est de lecture facile .

 

Hélène LEMOINE

 

 

LE MYTHE DE LA MAUVAISE MERE

Les réalités affectives de la maternité

Jane SWIGART

 Edition réponses/ Robert Laffont

Octobre 1992

                                                      

 

Derrière l’illusion qu’il existe de « bonnes mères », toujours bonnes, capables de répondre à tous les besoins légitimes de l’enfant, intuitives, imaginatives, empathiques sans éprouver ni manque, ni colère, ni envie, d’accueillir avec équanimité la fusion puis la séparation !... et de « mauvaises mères », irrécupérables, narcissiques, débordées et insensibles… derrière ce mythe se cache LA CRAINTE DE SAVOIR en quoi consiste la réalité de l’expérience émotionnelle de la maternité, réalité enterrée sous des clichés, disparue avec le refoulement propre à l’enfance ; et LE REFUS DE VOIR comment les difficultés de toutes les mères sans exception ont pour conséquence « l’échec maternel », c'est-à-dire la transmission à son enfant de ses propres carences affectives, qui seront sources de difficultés à s’autonomiser et à éduquer à son tour. Echec que chaque mère, ni bonne ni mauvaise, ne peut vivre que dans une grande souffrance.

 

Malgré les éclairages de la psychologie et de la psychanalyse, et du fait que l’injustice vécue par l’enfant nous trouble tellement que nous avons du mal à comprendre la détresse de la mère,  le mythe perdure en empruntant à ces approches les éléments qui le renforcent, comme le rôle décisif de la mère dans le destin de l’enfant.

 

En effet, l’ignorance est préférable à plusieurs points de vue : idéaliser la mère, en occultant ses pulsions les plus destructrices, présente bien des avantages.

Cela nous permet (entre autres): 

   --aux pères de se rassurer à bon compte lorsqu’ils ne veulent ou ne peuvent s’occuper de l’enfant

  ---aux mères de se sentir valorisées et d’avoir un pouvoir sur les enfants et la sphère domestique, parfois d’écarter le père.

   --d’éviter d’accepter que nos mères étaient ambivalentes vis-à-vis de nous, du fait qu’elles ont vécus des expériences pénibles et frustrantes, ce qui nous dispense de reconnaître nos propres carences affectives.

   --le déni de notre état passé de faiblesse, d’impuissance, de dépendance…dont notre mère a été le témoin et le refoulement des affects liés : rage, haine, culpabilité

   --d’éviter en tant que parent notre propre ambivalence et la remise en question de nos principes.

Une mère est piégée par ce mode de pensée ; dire les difficultés qu’elle a pour répondre aux besoins légitimes de l’enfant, chercher de l’aide, reviendrait dans le contexte à « avouer » qu’ELLE en est une, une mauvaise mère, incapable d’élever son enfant : pour beaucoup ce serait une profonde atteinte à leur identité sexuelle, comparable à ce qu’est l’impuissance pour l’homme.

 

 

Un des mérites du livre est de situer le rôle maternel dans l’environnement social : la mère ne peut apporter à l’enfant ce dont il a besoin que dans la mesure où elle reçoit elle-même un soutien matériel et affectif ; il n’y a de « mauvaise mère » que dans une société où les besoins de la dyade mère-enfant sont méconnus et méprisés ; on pourrait paraphraser Winnicot : « une mère ça n’existe pas sans le groupe social ».

Prendre conscience des enjeux réels de l’éducation, surmonter les réticences à connaître les sentiments et les difficultés des mères, enseigner que chacun cause du tort à son enfant, et peut tenter de réparer en reconnaissant son ambivalence et ses erreurs seraient des progrès décisif pour la société post-industrielle, et c’est une question de survie.

 

Pour nous faire partager l’expérience intime de la maternité, l’auteur s’appuie sur des témoignages, des cas cliniques, des Ĺ“uvres littéraires ; elle nous emmène sans sensiblerie, mais sans complaisance, dans ce pays inconnu, là où c’est douloureux, très douloureux ; son livre fait entendre un son de cloche inhabituel, et il m’a paru propre à nous garder en éveil, sensibles et pleins de compassion pour ces vécus rarement conscients, encore moins exprimés, mais présents chez toute mère ; vécus d’adultes que le thérapeute reliera à ceux de l’enfant intérieur, puisqu’ avant d’être la mère de notre enfant, nous avons toutes été l’enfant de notre mère.

 

Sylvie Arondel