Ce livre rassemble trois textes célèbres de WINICOTT sur le thème de la mère : « La préoccupation maternelle primaire »(1956) « La mère ordinaire normalement dévouée » (1966) qui vise une information grand public. « La capacité d’être seul » Complété par un quatrième texte : « Distorsion du moi en fonction du vrai et du faux self » (1960) Ces textes sont précédés par une préface de Gisèle Harrus-Révidi qui donne une vue panoramique des points forts de l’œuvre de Winnicott et du personnage, à la fois pédiatre de grande expérience (il aurait assumé quelques soixante mille consultations) et psychanalyste soucieux d’atteindre des publics très variés, notamment à travers des causeries de vulgarisation à la BBC. Pour tenter de comprendre ses théorisations qu’elle estime parfois contradictoires, elle porte son regard sur sa vie personnelle notamment concernant sa mère et le fait qu’il n’accorde aucune place dans son œuvre au père et qu’il n’a pas été lui-même père. « La préoccupation maternelle primaire » Cet article a pour thème la relation mère-enfant la plus primitive : durant la grossesse et spécialement à la fin, se développe chez la mère un état psychique très particulier qui va durer encore quelques semaines après la grossesse et qui est contenu dans le mot « dévoué » (« mère ordinaire normalement dévouée »). La mère sera uniquement préoccupée par son enfant, à l’exclusion de tout autre intérêt extérieur, dans une relation totalement symbiotique d’une façon temporairement « normale ». Sorte de « maladie » saine qui serait considérée comme pathologique autrement. Elle se mettra à la place de son enfant et pourra répondre à ses besoins. Cela va permettre au bébé d’avoir un « cadre » dans lequel sa constitution pourra commencer à se manifester, à se déployer et vivre en propre des sensations particulières à cette période primitive de sa vie. Si la mère fournit une adaptation au besoin « suffisamment bonne » l’enfant est très peu perturbé par les réactions aux empiètements de l’environnement. Il s’en remet à chaque fois et l’établissement du moi peut ainsi reposer sur un « sentiment continu d’exister » permettant de faire face aux frustrations. La structuration du moi se fait ainsi d‘une façon silencieuse. Le défaut d’adaptation de la mère à ce stade précoce est ressentit comme des menaces contre l’existence personnelle du self. Les difficultés de la vie et encore moins les satisfactions ne pourront pas être abordées. Des mécanismes de défense primitifs se mettront en place comme le faux self. La mère ayant « raté le coche de départ » devra traverser une longue période pour s’adapter de très près aux besoins de l’enfant sans être certain de réussir à réparer les distorsions du développement de départ. Elle agira alors plus en thérapeute qu’en parent. « La mère ordinaire normalement dévouée Winnicott nous confirme que pendant un certain nombre de semaines ou de mois après la naissance du bébé, « la mère est le bébé et le bébé est elle ». Sentiment de ne faire qu’un alors qu’ils sont deux. Elle sent « naturellement » les différents besoins du bébé. Ces expériences répétées permettent au bébé d’être, et la possibilité par la suite « d’agir, de faire et de subir ». et progressivement faire l’expérience de soi. Il se sent réel et les processus de maturation dont il a hérité peuvent se poursuivre. Il devient capable d’affronter les frustrations et les défaillances relatives de l’environnement. Il y a des moments d’intégration où le bébé est une entité quoi qu’encore très dépendant. L’existence psychosomatique ne peut être effective sans la présence d’un être humain qui participe activement au holding (« maintien ») et au handling (« maniement »). La prévention des troubles psychiatriques relève initialement des soins maternels. Quand la relation entre le bébé et la mère est satisfaisante, il peut utiliser d’une façon symbolique les objets qui se présentent à lui. « La capacité d’être seul » L’un des signes les plus importants de la maturité du développement affectif est cette aptitude à être seul dans un sens positif. L’expérience fondamentale et paradoxale c’est d’être seul en tant que nourrisson et petit enfant en présence de la mère ; c’est que Winnicott appelle la « relation au moi ». L’immaturité du moi est compensée par le support du moi fiable offert par la mère. Puis progressivement l’individu intériorise cette mère-support du moi qui sert à l’édification de sa personnalité et sa capacité d’être vraiment seul. « Distorsion du moi en fonction du vrai et du faux self » Winnicott en travaillant avec certains patients remarque que ce qui se passe dans le transfert dans des phases de dépendance ou de régression importante est une expression de la relation mère-nourrisson. Cela permet de dévoiler leurs attentes et leurs besoins. Le vrai self peut se développer lorsque la mère est suffisamment bonne, c’est-à-dire celle qui répond d’une façon répétée aux gestes et besoins du nourrisson, à l’omnipotence du nourrisson. Par l’intermédiaire de la force qu donne au moi faible du nourrisson l’accomplissement de ses expressions d’omnipotence, un vrai self commence à prendre vie. Dans le faux-self, la mère n’est pas suffisamment bonne, c’est-à-dire qu’elle est incapable de rendre effective l’omnipotence du nourrisson. Elle est inapte à ressentir ses besoins. Elle ne sait pas répondre à ses demandes et y substitue sa propre réponse, ce qui aboutit à la soumission du nourrisson. Il vit d’une façon fausse. La révolte contre le fait d’être forcé d’exister d’une façon fausse peut entraîner des troubles physiques. Le faux self a une fonction positive très importante : dissimuler le vrai self, ce qu’il fait en se soumettant aux exigences de l’environnement. Dans l’application clinique, Winnicott insiste sur l’importance de reconnaître une personnalité correspondant à un faux self car si le travail se fait à partir de ce faux self l’analyse peut se prolonger indéfiniment. J’ai été très heureux de lire ces concepts fondamentaux directement expliqués et présentés par son auteur d’une façon claire et abordable. |