Ce livre est composé d’articles permettant un éclairage sur les différentes facettes du concept de tendance antisocial. Winnicott commence par nous éclairer sur l’agressivité et ses racines qui est, au début de la vie, synonyme de motricité. Il traite ensuite l’élaboration de la capacité de « sollicitude ». La sollicitude exprime le fait que l’individu se sent concerné, impliqué et que tout à la fois éprouve et accepte une responsabilité. Sollicitude est la description d’un phénomène qui négativement se traduit par « culpabilité ». D’après Winnicott, la sollicitude apparaît dans la vie de l’enfant comme une expérience hautement élaborée au cours de la rencontre, dans l’esprit de l’enfant, de la mère objet et de la mère environnement. « L’échec de la mère objet à survivre, ou de la mère environnement à fournir des occasions régulières de réparation, conduit à une perte de la capacité de sollicitude et à son déplacement par des angoisses et des défenses non élaborées (clivage, désintégration) ». L’absence de culpabilité, empêche l’enfant de manifester ses pulsions. La peur prend le dessus et tous les sentiments qui l’accompagnent naturellement sont inhibés. Winnicott défend les enfants à tendance antisocial, en renonçant à la théorie selon, laquelle, ces enfants naîtraient amoraux. Les actes antisociaux sont accomplis dans l’espoir d’obliger la société à revenir en arrière, avec lui, jusqu’au moment où le basculement s’est passé et à reconnaître les faits. La tendance antisociale se rattache aux difficultés inhérent au développement affectif : déprivation affective à la fin de la première année et au cour de la deuxième (John Bowby). Elle se manifeste par le mensonge, la gloutonnerie avec l’inhibition de l’appétit, la saleté, l’incontinence urinaire, la tendance compulsive à détruire. Le vol est au centre de la tendance antisociale, l’enfant ne cherche pas l’objet volé, mais la mère sur laquelle il a des droits. L’acte antisocial exprime un espoir. Le chapitre sur la psychologie de la séparation nous explique bien le processus du deuil chapitre, trop complexe pour le nourrisson avec un Moi immature : Lors de la perte d’un objet, l’individu introjecte l’objet et l’objet est alors soumis à la haine à l’intérieur du Moi. L’important est de poser un bon diagnostic, à savoir à quel moment du développement affectif de l’enfant a eu lieu la perte et donc a quel type de réaction on peut s’attendre. Un chapitre est consacré sur quelques aspects psychologiques de la délinquance juvénile qui serait en lien avec une déprivation de la vie familiale et du sentiment d’une sécurité manquante. Winnicott blâme le progrès fondé sur la sentimentalité, qui serait une haine refoulée ou inconsciente, par conséquent malsaine, car celle-ci réapparaît (vengeance de la population). Une psychothérapie individuelle et un substitut familial stable seraient plus bénéfiques. Winnicott nous expose des exemples de cures afin de mieux nous faire comprendre la manière dont fonctionne le sentiment de culpabilité, qui se situe au point où la destructivité se transforme en constructivité. L’auteur nous parle de la difficulté d’assumer toute la responsabilité de la destruction de l’objet ressenti comme bon, l’objet d’amour. Winnicott parle « d’intégration », c’est à dire pouvoir assumer la responsabilité de tous sentiments, de toute pensées propres à l’individu humain. Le défaut de l’intégration est égal à la perte de la destructivité qui est en soi. Un chapitre est consacré à l’adolescence. J’ai bien aimé sa définition : « les jeunes adolescents sont des individus isolés rassemblés comme l’était l’enfant au moment où il renonce au non-moi (capacité de former des relations avec des objets extérieurs au self et hors de la toute puissance) avant que le principe plaisir-déplaisir cède au principe de réalité ». Winnicott aborde les relations entre l’adulte et l’adolescent, notamment l’importance de reconnaître cette étape comme une manifestation de santé ; le réel défi que représente l’adolescence s’adresse au partie en soi qui n’a pas eu d’adolescence : d’où les fausses solutions ou remède. Ce livre, pourtant pas très épais, traite le sujet de façon claire et complète. J’ai aimé son cheminement, de la théorie, à des cas concret et surtout pour arriver à notre époque, avec les grands questionnements sur les prises en charges des personnes à tendance antisociale, la délinquance, et les adolescents. |