Agonie, clivage et symbolisation
   
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AGONIE, CLIVAGE ET SYMBOLISATION

René ROUSSILLON

Puf

12/1999

 

René Roussillon est psychologue, membre de la société psychanalytique de Paris et professeur de psychologie clinique à l'université Lumière à Lyon.

Se référant à différentes études cliniques, René Roussillon propose une intelligibilité des souffrances narcissiques identitaires et des mécanismes de défense que la psyché est amenée à mettre en place pour juguler les angoisses de réapparition des vécus traumatiques de base.

L’auteur développe les conditions nécessaires à l'obtention des supports indispensables à la réalisation des fonctions de représentation de l'objet par le sujet ainsi que les aléas liés à ces opérateurs.

Exemple : les traumatismes primaires sont les conséquences d'effraction violente du système de « pare-excitation », qui produisent des expériences psychiques « inoubliables » mais non liables et qui sont alors soumises au seul automatisme de répétition et ainsi réactivées de manière permanente.

Quand les expériences archaïques primaires atteignent le moi naissant du sujet, à une époque où son organisation psychique n'est pas en mesure de faire face, ni même de rester présent à l'expérience, il y a clivage. Le sujet n'a eu d'autres recours que de se retirer de l'expérience pour « survivre » à une mort psychique. À la place de juguler le trauma, le sujet se retire de l'expérience et la laisse ainsi se développer « sans lui ». Le clivage « sauve » de l'angoisse liée à une agonie primitive, à un vécu de mort psychique, mais l'expérience n'a pas pu fait objet, n'a pas pris matière symbolique pour le sujet. C'est ce « non advenu de soi » qui cherche à « re » devenir. C'est le deuil primaire de l’objet perdu dont il faut que le sujet ait une représentation pour qu'il en fasse ensuite le deuil (pour «  tuer le mort »).

C'est ce qui se joue dans le paradoxe du transfert : faire sentir à l'autre ce que l'on ne sent pas soi, ce que l'on ne souffre pas de soi.

Dans les conditions de survie psychique, s'impose la plupart du temps l'utilisation d'un clivage et avec lui un sentiment de « mal être » plus ou moins diffus auquel le sujet s'identifie. « À la place de la forme matricielle de l'illusion narcissique primaire « je suis le sein » (S. Freud 1938) s’instaure une illusion narcissique négative « je suis (le) mal » à l'origine du noyau de culpabilité primaire ». La genèse du sentiment de culpabilité primaire est liée au fait que le sujet craint ou a l'impression que l'expression du mouvement destructif, à l'égard de l'objet, a abîmé celui-ci, ou le lien à celui-ci, qui reste d'abord et avant tout l'objet d'amour.

 

René Roussillon développe les observations d'expériences issues de sa pratique clinique, en s'appuyant et en se référant sur les auteurs des concepts qu’il utilise (nombreuses références à S. Freud puis W. Winnicott, A. Green, W. Bion, pour les principaux), puis il poursuit sa pensée en proposant des aménagements, des évolutions, ce qui rend intéressant les thèmes abordés.

Ce livre est assez ardu, d'une écriture complexe, le vocable est plus froid que celui auquel je m’étais accoutumé. Ceci dit, ce livre m'a appris et permis de revoir certains sujets connus sous un autre « angle », avec un affect différent, enrichissant ainsi mes connaissances.

 

 

Gérard Grosjean

 

 

AGONIE, CLIVAGE ET SYMBOLISATION

René ROUSSILLON

Puf

12/1999

 

Déjà le titre … agonie (gaps !) clivage et symbolisation …vous présagez que la lecture va exiger de vous la plus grande concentration et …vous présagez drôlement bien !

 

R. Roussillon présente ici les résultats de son travail de recherche sur les souffrances identitaires narcissiques. Sur l’hypothèse d’une organisation défensive contre les effets d’un traumatisme primaire clivé et la menace que celui-ci, soumis à la contrainte de répétition continue de faire courir à l’organisation de la psyché et de la subjectivité, il propose un modèle des processus à l’Ĺ“uvre dans les pathologies du narcissisme en précisant leur agencement et leur fonction intrapsychique et intersubjective.

Son argumentation nous donne à voir comment le traumatisme primaire affecte l’organisation des processus et de la symbolisation primaire eux-mêmes. L’expérience d’agonie primitive, extrême, sans limite, sans issue, sans représentation amène le sujet à se retirer de l’expérience traumatique ; d’un côté, elle a été vécue et laisse des traces mnésiques de son éprouvé et de l’autre, elle n’a pas été vécue et appropriée puisque non représentée. Paradoxalement donc, l’individu assure sa « survie » psychique en se coupant de sa vie psychique subjective.

 

Un tel enjeu amène une partie de la psyché à s’aliéner à la tâche de protéger le reste de la psyché des retours traumatiques primaires. Dans quel registre défensif  l’individu va-t-il s’inscrire ? Pour quelles solutions non symboliques à la menace du retour clivé va t’il opter ? C’est là l’objet d’un ensemble de textes   qui précisent sa réflexion et qui sont à entendre comme les différentes étapes de sa construction théorico-clinique. Ici rassemblés, ils donnent corps à son modèle.

 

Un des points particulièrement intéressant, au regard de l’AIRE, est le propos de R.Roussillon quant au problème clinique posé par l’actualisation transférentielle des expériences psychiques des blessures de la symbolisation. L’impuissance du langage, pour ces patients dont le besoin est de faire voir ce qu’ils ne peuvent pas s’approprier de leur histoire subjective clivée, amène l’auteur à témoigner de sa réflexion sur la mise au travail de l’expérience agonistique au sein de la cure  analytique.

 

Le bouquin donne par ailleurs une large part à l’examen des processus de symbolisation. R.Roussillon en détaillant l’expérience qu’il nomme « le détruit-retrouvé de l’objet » explique certaines difficultés dans la mise en place de l’appareil de symbolisation par l’insuffisance des réponses de l’objet à lier la destructivité primaire.

Il pose ainsi plus précisément le problème de l’utilisation de l’objet, c'est-à-dire la question de l’ouverture de  l’intrapsychique  à l’intersubjectif.  Son argumentation très rigoureuse fait naître l’hypothèse d’une fonction symbolisante de l’acceptation et de la métabolisation par la mère, du paradoxe de l’utilisation de l’objet pour symboliser l’objet. La contribution de l’auteur, par la définition du concept de symbolisation primaire, est éclairante pour apprécier la complexité de l’inscription de l’expérience vécue et pour comprendre l’indispensable travail psychique d’appropriation subjective et de symbolisation nécessaire pour y trouver son sens, pour ainsi tel qu’il le dit… se rendre présent au monde et à soi-même.

 

Pftttt…quelle aventure cette lecture ! Imaginez une bébé psy qui sort de la pataugeoire pour sauter  avec allégresse dans le grand bain des écrits psychanalytiques et qui fait là, l’expérience inconfortable d’une sustentation très aléatoire…une progression difficile certes, mais très enseignante et puis …hé ! …le grand bain quand même !!!

 

 

Valérie BUDET