René Roussillon est psychologue, membre de la société psychanalytique de Paris et professeur de psychologie clinique à l'université Lumière à Lyon. Se référant à différentes études cliniques, René Roussillon propose une intelligibilité des souffrances narcissiques identitaires et des mécanismes de défense que la psyché est amenée à mettre en place pour juguler les angoisses de réapparition des vécus traumatiques de base. L’auteur développe les conditions nécessaires à l'obtention des supports indispensables à la réalisation des fonctions de représentation de l'objet par le sujet ainsi que les aléas liés à ces opérateurs. Exemple : les traumatismes primaires sont les conséquences d'effraction violente du système de « pare-excitation », qui produisent des expériences psychiques « inoubliables » mais non liables et qui sont alors soumises au seul automatisme de répétition et ainsi réactivées de manière permanente. Quand les expériences archaïques primaires atteignent le moi naissant du sujet, à une époque où son organisation psychique n'est pas en mesure de faire face, ni même de rester présent à l'expérience, il y a clivage. Le sujet n'a eu d'autres recours que de se retirer de l'expérience pour « survivre » à une mort psychique. À la place de juguler le trauma, le sujet se retire de l'expérience et la laisse ainsi se développer « sans lui ». Le clivage « sauve » de l'angoisse liée à une agonie primitive, à un vécu de mort psychique, mais l'expérience n'a pas pu fait objet, n'a pas pris matière symbolique pour le sujet. C'est ce « non advenu de soi » qui cherche à « re » devenir. C'est le deuil primaire de l’objet perdu dont il faut que le sujet ait une représentation pour qu'il en fasse ensuite le deuil (pour « tuer le mort »). C'est ce qui se joue dans le paradoxe du transfert : faire sentir à l'autre ce que l'on ne sent pas soi, ce que l'on ne souffre pas de soi. Dans les conditions de survie psychique, s'impose la plupart du temps l'utilisation d'un clivage et avec lui un sentiment de « mal être » plus ou moins diffus auquel le sujet s'identifie. « À la place de la forme matricielle de l'illusion narcissique primaire « je suis le sein » (S. Freud 1938) s’instaure une illusion narcissique négative « je suis (le) mal » à l'origine du noyau de culpabilité primaire ». La genèse du sentiment de culpabilité primaire est liée au fait que le sujet craint ou a l'impression que l'expression du mouvement destructif, à l'égard de l'objet, a abîmé celui-ci, ou le lien à celui-ci, qui reste d'abord et avant tout l'objet d'amour. René Roussillon développe les observations d'expériences issues de sa pratique clinique, en s'appuyant et en se référant sur les auteurs des concepts qu’il utilise (nombreuses références à S. Freud puis W. Winnicott, A. Green, W. Bion, pour les principaux), puis il poursuit sa pensée en proposant des aménagements, des évolutions, ce qui rend intéressant les thèmes abordés. Ce livre est assez ardu, d'une écriture complexe, le vocable est plus froid que celui auquel je m’étais accoutumé. Ceci dit, ce livre m'a appris et permis de revoir certains sujets connus sous un autre « angle », avec un affect différent, enrichissant ainsi mes connaissances. |