La cure par le rêve éveillé est une méthode qui permet d’explorer les profondeurs de l’inconscient. Elle conduit à expérimenter deux zones distinctes du psychisme, - un niveau proche du langage, dans lequel le patient rencontre, sous forme imagée, des problématiques marquées par le conflit oedipien, - un niveau plus archaïque, dans lequel les matériaux qui apparaissent, proviennent d’expériences antérieures au langage. Dans certaines cures, le matériel archaïque émerge de manière épisodique et rapide, au cours de quelques séances voire au cours d’une séance isolée. Le patient s’échappe en quelque sorte des zones conflictuelles pour se ressourcer dans un monde plus fusionnel. Dans d’autres cures, après avoir rapidement traversé la zone symbolique des conflits qui l’ont conduit à consulter, le patient s’immerge profondément dans l’univers primaire sous-jacent, laissant s’exprimer des souffrances plus enfouies et des vécus inexplorés. L’émergence du matériel archaïque se reconnaît à plusieurs signes : - Le patient vit une explosion de sensations puissantes et souvent violentes. En effet, le bébé vit intensément les affects. Le « voyageur » qui plonge vers ces vécus primaires renoue avec les sensations oubliées de ses premiers mois d’existence. - Certains contenus psychiques spécifiques apparaissent. Alors qu’au niveau oedipien, les scénarii rencontrés concernent des problématiques liées à la séduction, à la rivalité et à la compétition, les thèmes de ce deuxième niveau sont très différents. Le patient expérimente des fantasmes de dévoration - dévorer et être dévoré - de mutilation, de déformation du corps, de morcellement, d’indifférenciation sexuelle ou de bi-sexualité. - L’expérience des niveaux archaïques se trouvent en deçà des mécanismes de culpabilité. Le patient se confronte à l’indicible, au non pensable, plutôt qu’à l’inavouable. Sa difficulté consiste davantage à mettre des mots sur des vécus difficilement formulables plutôt qu’à voir et exprimer ce qu’il n’oserait s’avouer par honte ou par culpabilité. - Le patient vit une fusion-confusion dans laquelle il éprouve en même temps l’amour et la haine, l’espoir et le désespoir, le désir et le rejet, l’envie et la gratitude, de façon puissante, sans nuances, impérieuse et profondément ambivalente. Qu’il s’agisse de vécus corporels ou d’affects primaires, les émotions et les sensations se convertissent en leur contraire. Les confusions sont permanentes et touchent tous les registres. - Cette confusion s’étend jusqu’au vécu de sa propre identité. Le patient confond lui-même et autrui, lui-même et sa mère, lui-même et le thérapeute. Ces glissements d’identité n’ont rien à voir avec un processus d’identification à travers lesquels le moi se construit. Il s’agit au contraire d’un retour régressif vers les premières relations d’objet, vers les vécus de la naissance et parfois d’avant la naissance. A travers la présentation de plusieurs cas cliniques, Nicole Fabre décrit avec force détails tous ces vécus archaïques. L’ouvrage donne une vision concrète, colorée et poétique de ces zones obscures de l’inconscient, oubliées, refoulées, empreintes d’une joie et d’une souffrance primitives. L’expérience de ces niveaux fondamentaux du psychisme possède un fort potentiel thérapeutique : le patient retrouve un contact avec la mère des premiers mois. Il récupère des vécus oubliés, inscrits dans son corps, inaccessibles au penser. À travers des allers retour entre le contact infra verbal et la parole, le patient met en Ĺ“uvre une (re)structuration de son psychisme. La cure par le rêve éveillé permet à la fois la régression et la sortie de la régression, Le patient part à la découverte des angoisses du dedans les plus cachées, pour les mettre dehors et les apprivoiser par le langage. Il apprend à se familiariser avec un univers immense et mal exploré. A ce niveau, le thérapeute doit être extrêmement vigilant à se positionner correctement. Il joue un rôle de mère archaïque. Toute interprétation serait vécue comme un rejet, une source de morcellement et de mort. Le patient a besoin d'éprouver que son analyste est capable de tout entendre et de tout supporter, y compris l’expression d’états émotionnels « hors du communs ». Au regard de ces expériences, Nicole Fabre prend position contre les psychothérapies comportementales. Lorsque le noyau pathogène se trouve essentiellement liée aux premières expériences affectives de l'enfant, la régression doit conduire jusqu’à ces niveaux pour qu'enfin la problématique manquée des premiers mois de la vie puisse être revécue. C’est à ce niveau seulement que les problématiques pathogènes peuvent se résoudre, chaque fois que les souffrances se situent massivement dans le champ des désirs, des contre désirs, des interdits et des refoulements inconscients. Ce livre est intéressant. Il ouvre l’accès à une psychologie des profondeurs. Il est écrit dans un langage simple agrémenté d’une profusion d’images. |