Psychanalyse des dessins animés - Ce que voient les tout-petits et leurs aînés
   
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Psychanalyse des dessins animés

Ce que voient les tout-petits et leurs aînés

Geneviève Djénati

Pocket Evolution
2001

 

 

Geneviève Djénati est psychologue clinicienne et psychothérapeute, responsable de la formation des psychologues scolaires à l’IUFM.

 

L’auteur analyse les problématiques psychiques mises en œuvre à travers les dessins animés, support de divertissement considéré à tort comme anodin.

 

Certains chapitres abordent des notions classiques, examinant les similitudes et différences entre le conte et le dessin animé.

§         Sur le plan scénarique, ces deux médias font tous deux appel aux archétypes de l’imaginaire universel (le bon, le méchant, le héros, le dépassement des épreuves, la séparation, …),

§         L’agressivité fait partie de la vie au même titre que l’amour. Mais, plus visuelle, plus facile à mettre en scène, l’agressivité prime souvent dans les productions de fiction. Les pulsions de mort sont ainsi davantage représentées que les pulsions de vie.

§         Le dessin animé met en retrait le langage au profit de l’image.

§         Dans le conte ou dans le jeu, l’enfant reste le créateur d'un monde imaginaire qu'il porte en lui. Dans le dessin animé, il subit l’imaginaire donné par les adultes.

§         Le conte exige une relation entre un adulte qui lit et un enfant qui écoute. Un imaginaire relationnel est associé à l’imaginaire du conte. Dans l'interaction avec l’adulte, l’enfant expérimente aussi bien physiquement qu’émotionnellement le fait d'exister dans un dialogue vivant. Le dessin animé, mis en marche par un simple DVD, renvoie symboliquement à des soins mécaniques, indifférents, réduisant le sentiment d'exister à une vision matérielle, vitale. Les enfants du dessin animé semblent se rapprocher des enfants carencés en soins maternels, handicapés sur le plan de la relation.

 

D’autres chapitres examinent le dessin animé sous l’angle de la construction psychique.

 

Pour l’enfant, le visionnage d’un dessin animé constitue une véritable expérience dans laquelle l’image et le ressenti s’interpénètrent pour devenir un véritable souvenir de référence. Chargées d’une dimension affective, les impressions, sensations et sentiments mis en mémoire seront grossièrement classées dans les catégories de « plaisir » ou de « déplaisir ». L'enfant-spectateur entretient avec l'image une relation pouvant remanier sa perception du monde et provoquer des réactions comportementales révélatrices d'une réelle influence sur son activité psychique. Les dessins animés constituent ainsi, de manière indirecte, une éducation précoce, avec ses côtés bienfaisants ou destructeurs.

 

Selon l’âge, l’enfant est attiré par les mouvements, les formes, l’histoire. A l’instar du rêve, le dessin animé possède un contenu latent et un contenu manifeste.

 

Certains chercheurs pensent que les images de fiction seraient moins angoissantes que celles de la réalité. Certaines études contredisent ce point de vue.  « Le fait qu'une séquence soit perçue comme une fiction ne semble pas la rendre pour autant moins angoissante. Ce débat renvoie aux divergences des psychanalystes sur la place du fantasme et de la réalité dans la construction du psychisme.

 

Certains dessins animés mettent en scène des expériences psychiques vécues par l’enfant mais qu’il n’a pas complètement élaborés. Il peut par exemple ressentir des pensées malveillantes pour autrui, pour ses parents, dont il n’est pas fier et qu’il pourrait refouler. Le fait de voir montrés au grand jour des sentiments qu’il se croyait seul à ressentir, possède un effet soulageant et guérissant, à condition que la chute du film conduise à un dénouement positif du conflit. L'image rend ainsi vivantes, partageables et réparatrices, des représentations dont l'enfant n'est pas complètement conscient et dont il peut avoir honte.

 

D’autres scénarii peuvent créer une tension en raison du décalage entre le contenu de la scène montrée et la capacité de l’enfant à traiter l'information. Submergé, le psychisme se trouve dans l'impossibilité de relier ce qu'il perçoit avec son vécu. Un traumatique est créé provenant de l’impossibilité de penser le perçu. Ce traumatisme peut créer des symptômes tels que des terreurs nocturnes, des fixations, de l’excitation, des « trous » dans la capacité à penser. Une réparation peut être mise en œuvre dès lors que l’enfant s’autorise à verbaliser son angoisse, à poser des questions et trouve éventuellement des réponses ou soit rassuré à travers un dialogue avec des aînés.

 

Cet ouvrage est intéressant pour son analyse du rôle de l’image dans la construction psychique. De nombreuses analyses faites autour de l’image et du dessin animé s’appliquent parfaitement au rêve éveillé ou aux séances de liens et d’élaboration qui s’ensuivent (importance de l’image, rôle des imagos, articulation de l’image et du mot, dénouement des conflits, importance de la non directivité dans l’imaginaire …).

 

 

Michel Horn