Affect (L')
   
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L’AFFECT

Monographie de psychanalyse

Direction  J.BOUHSIRA et H.PARAT

Editions PUF
2005

 

 

 

Huit psychanalystes qui causent de l’affect ! Aahh… la chose vous intéresse… 

Que de monde : Athanassiou, Ciavaldini, Cupa, Deustch, Le Guen, Parat, Roussillon, Smadja, ils sont à l’écriture pour évoquer Freud, Klein, Bion, Winnicott, Green …boudiou…vous zappez les présentations, vous savez que vous êtes au bon endroit !

 

Vous attaquez le bouquin avec élan ! Son propos est de discuter le concept psychanalytique d’affect, les auteurs se sont regroupés ici pour mettre en perspective sa complexité. Au programme de votre lecture : l’affect dans l’évolution anglo-saxonne des concepts Freudiens, sa fonction symbolisante, son rôle dans l’agir violent et sa place dans le psychosomatique.

 

Le temps pris par C. Le Guen pour l’examen de la pensée freudienne permet d’abord de mesurer, déjà à l’époque, l’embarras théorique ; d’emblée, sont questionnés affect et représentation, affect et angoisse, affect conscient et inconscient. Ensuite, partant du quantum d’affect, le cheminement freudien est une base, un appui servant de ligne de confrontation pour le déploiement des propres élaborations cliniques et théoriques des auteurs présents dans cet ouvrage. Vous retenez globalement que la perte de l’objet est la condition déterminante de l’angoisse, que ce qui est redouté, l’objet de l’angoisse, et à chaque fois, l’apparition d’un facteur traumatique qui ne peut être liquidé selon la norme du principe de plaisir. Vous notez cette petite phrase glanée au milieu d’une page : « les affects sont une façon de se souvenir ».

 

L’article de C. Athanassiou très didactique, présente l’intérêt d’un panorama croisé anglo-saxon : en revisitant dans le détail les positions schizo-paranoïde et dépressive (gaps !), elle laisse émerger la pensée Kleinienne avec, au premier plan, le monde interne, théâtre des affects et l’évolution qui permet de passer du refus de la perte à son acceptation et donc du narcissisme à l’amour d’objet. Divergent de Klein, Bion met l’accent sur la construction des liens et le concept de transformation, l’affect étant une transformation par l’objet, via la fonction alpha, d’une décharge. Enfin, Winnicott de son coté, souligne combien c’est l’objet externe qui doit s’adapter au narcissisme du bébé et lui laisser, le temps voulu, éprouver une illusion omnipotente.

Bon ! Votre élan du départ en a pris un sérieux coup…Vous sentez combien le travail de l’auteur est précieux pour vous aider à cerner et à distinguer les trois positionnements théoriques, ou à distinguer les choses tout court, vous ne savez plus trop bien !

 

Relayé par H. Parat, vous découvrez un article inédit d’H. Deustch questionnant l’absence de douleur et le destin des affects réprimés, avant que la plume de  D. Cupa ne vous emporte au cœur de la clinique Greenienne de l’affect ! La nature de l’affect n’est-elle pas d’être un évènement psychique lié à un mouvement en attente d’une forme ? L’affect, temps fort du champ psychanalytique devient le temps de la révélation. Votre lecture, elle, devient difficile… l’éclairage sur l’hallucination négative de la mère met en évidence son importance comme matrice de la symbolisation et son devenir en structure encadrante si l’objet primaire est suffisamment solide pour être contenant. Un point de conclusion est donné par sa notion de folie interne, privée, où l’affect est représentant de la passion, affect origine, représentation de la première rencontre.

Vous respirez un grand coup …un deuxième… R. Roussillon prend la main : comment le bébé peut-il faire la différence entre ses propres affects, son vécu et celui de sa mère ? S’appuyant sur la distinction des versants somatique et psychique de l’affect et sur la rêverie détoxiquante maternelle de Bion, il détaille entre les deux, un processus de représentance. Ainsi, le miroir maternel doit-il révéler au bébé qu’il fait le miroir, qu’il fait le double, signifiant alors l’affect comme signe d’affect et non comme affect. Vous relisez plusieurs fois ce paradoxe : « l’objet n’est un double que s’il est autre, reconnu comme même, comme reflet de soi »

 

Vous rassemblez ce qui vous reste d’énergie pour réfléchir avec A. Ciavaldini sur l’origine de l’agir violent. A l’endroit du déficit du lien à l’objet, il décrit l’agir violent comme une tentative aberrante d’achèvement de l’affect dans le but de constituer l’impossible : un signal signifiant au sujet qu’il est bien sujet pour un autre.

Le dernier article vous apparaît plus léger…vous vous trompez ! Le regard de C. Smadja précise la dimension psychosomatique de l’affect et évoque une pensée orpheline de ses affects …clinique du silence…clinique du négatif. Clinique du silence qui révèle la phagocytose maternelle comme l’interdiction faite à l’enfant de vivre ses affects, ceux-ci devenant menaçants pour la vie psychique de la mère.

 

Vous êtes à plat ! … affecté par la lecture ! Voilà un bouquin qui prescrit un temps de  digestion psychique …à lire sans modération ou avec modération … c’est là une bonne question tiens !

 

 

 

Valérie BUDET