Amor Artis : Pulsion de mort, sublimation et création
   
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AMOR ARTIS : Pulsion de mort, sublimation et création

Elisabeth DE FRANCESCHI

L’Harmattan
2000

 

 

Ce livre aborde les liens qui existent entre la pulsion de mort (Thanatos) et la création à travers les grands auteurs de la psychanalyse en faisant référence aux mythes et à la vie de certains artistes. Alors qu’il est considéré habituellement que la sublimation prend ses sources dans l’Eros via un détournement des pulsions sexuelles, il s’avère que Thanatos intervient aussi par le biais de la disparition et/ou de la destruction de l’objet.

Le concept de pulsion de mort, qui a été introduit tardivement par Freud, repose sur l’hypothèse d’un conflit entre les pulsions de destruction et les pulsions de vie. Selon cette hypothèse, la libido permettrait de dompter une partie de la pulsion destructrice du sujet en la dérivant vers l’extérieur et en la dirigeant sur les objets, une autre partie demeurant dans l’organisme liée à elle.

Dans un 1er temps (1923-1932) Mélanie Klein considère la sublimation comme un processus réactionnel à l’investissement agressif de l’objet (sadisme primaire)  qui constitue le primum movens dans le développement de la relation au monde extérieur. Dans des élaborations ultérieures, elle reconnait une autre fonction de la sublimation par identification au bon sein intériorisé ou du bon pénis paternel, capable d’engendrer la vie.

Selon Winnicott le lien entre pulsion d’emprise (ou de destruction) et la création apparaît dans la relation de l’enfant à l’objet transitionnel, substitut de l’objet « perdu-non perdu ». Cet objet permet à l’enfant de passer d’une maîtrise omnipotente (magique) à une maîtrise par manipulation impliquant d’ailleurs pour l’objet la possibilité d’être mutilé ou transformé. Or la zone où se situe l’objet transitionnel – celle de l’illusion et d’une omnipotence limitée – est le domaine par excellence de la créativité.

En résumé, la création, qu’elle soit le fruit d’un deuil accompli, un déni de perte, la réparation ou la restitution dans son intégrité du bon objet endommagé ou détruit par les pulsions agressives du sujet, est dans tous ces cas l’effet du travail de la mort. Elle met en jeu le rapport entre un sujet et son ou ses objets – objet total, partiel ou encore transitionnel, objet extérieur ou intérieur et fantasmatique.

La sublimation, qui implique à la fois une modification du but de la pulsion et un changement d’objet, provoque le retrait de la libido du fait de la perte de l’objet. Cette désexualisation s’accompagne d’une dissociation des instincts : l’agressivité se sépare de la libido et le moi se met au service de Thanatos. Les composantes de Thanatos font alors retour sur le moi par le biais des exigences d’un surmoi sadique et de l’Idéal  qui suscite le désir de beauté et de perfection. Si l’activité sublimée ne s’accompagne pas d’une certaine capacité à dériver l’agression vers l’extérieur, le moi se trouve donc menacé par les composantes destructrices reprises pas l’Idéal du Moi et par le Surmoi.

Face à l’angoisse de mort qui se déroule entre le Moi et le Surmoi, la sublimation qui mène à la production d’une œuvre édifie une forme nouvelle du moi plus conforme au modèle de l’Idéal.

Ainsi la création est la reprise chez l’enfant du mouvement qui aboutit à la constitution de l’objet. L’avènement de l’œuvre comporte une destruction suivie de l’apparition d’un objet différent : chaque chose maniée par lui renaît, transfigurée, devient sa chose à lui, créée par lui, portant sa marque. Cependant il faut également envisager l’hypothèse d’une création qui ne relèverait pas d’une relation d’objet déjà installée, et de la possibilité dans laquelle Thanatos n’interviendrait pas. Il pourrait s’agir d’une créativité primaire fondée sur l’identification au bon sein qui serait antérieure à toute destruction préalable.

 

Les 3 1ers chapitres de ce livre reprennent de manière claire et synthétique les données théoriques portant sur le lien entre la création et les pulsions de mort. J’ai particulièrement apprécié l’analyse des mythes portant sur ce thème.  Les chapitres suivants qui abordent davantage la vision lacanienne du thème du livre sont malheureusement beaucoup plus difficiles à comprendre et ennuyeux.

 

 

Thierry Saboul